Une Suisse unie pour vivre en Europe

Berne, 01.12.2015 - Discours du Conseiller fédéral Johann N. Schneider-Ammann, Chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) à l’occasion de la rencontre de fin d’année d’Helvetia Latina

Chers amis, cari amici,

Je vous l'avoue très volontiers : je revis aujourd'hui mes examens de maturité. Pour un Alémanique, parler aujourd'hui devant votre association a tout du grand oral.

Heureusement que ces quelque cinq années passées au Conseil fédéral m'ont permis d'améliorer constamment mon français. Car représenter dignement la Suisse dans toute sa diversité linguistique et culturelle sur la scène internationale, ce n'est pas une mince affaire. Quelle que soit notre appartenance régionale.

Mais représenter notre pays en tant que germanophone à un sommet de la Francophonie, comme j'en aurai probablement l'occasion en 2016, cela a tout même quelque chose de piquant. Comme d'ailleurs de faire usage de la seule de nos langues nationales reconnue comme officielle à l'ONU - le français - lors du traditionnel discours à l'Assemblée générale à New York.

C'est en réfléchissant à ces quelques paradoxes amusants que je réalise à nouveau que nous vivons dans un pays extraordinaire.

Un pays qui réunit en son sein le meilleur de ce que la culture européenne a à offrir tout en préservant son caractère unique.

Un pays qui tire sa force de cette diversité pour aller dans le monde et y tenir un rang qui dépasse certainement son poids démographique ou économique.

Un pays qui a appris grâce à cette diversité les vertus de l'écoute et du compromis qui font aujourd'hui sa fortune.

Je suis fier de représenter la Suisse dans le monde en tant que membre de notre gouvernement, comme je suis fier de contribuer aux solutions dont elle a besoin pour assurer sa prospérité et son avenir.

Notre situation reste plus qu'enviable si on la compare au reste du monde.

  • Grâce à notre recherche, nous sommes parmi les nations les plus innovatrices du monde.
  • Notre système de formation dual - académique et professionnelle - fait l'envie d'un nombre croissant de pays.
  • Notre partenariat social désamorce la plupart des conflits entre patronat et salariés et contribue à la stabilité économique, sociale et politique de notre pays.
  • Nous disposons d'excellentes infrastructures.
  • Et je ne parle pas de notre qualité de vie qui séduit toujours de nombreuses entreprises étrangères.

Tout cela contribue à donner à la plus grande majorité de nos concitoyens un travail et des perspectives. Avec seulement 3,3% de chômage, nous avons en effet le quasi plein emploi. Croyez-moi, ce n'est pas une évidence. La plupart de mes collègues européens ne me cachent d'ailleurs pas leur sentiment d'envie.

A la lumière des récents attentats de Paris, notre situation privilégiée prend encore un relief tout particulier. Des actes dramatiques qui choquent et suscitent en premier lieu notre compassion pour les victimes et leurs proches.

Mais ces attentats interpellent aussi au-delà du deuil immédiat. Ils sont aussi le fruit d'un manque de perspectives qu'éprouvent certains jeunes. Ils peuvent ainsi devenir des proies faciles pour des idéologies aberrantes et les conduire parfois jusqu'à des actes irréparables comme l'horrible massacre qui a endeuillé Paris.

De ce point de vue notre mission aujourd'hui est claire : nous devons tout faire pour que l'ensemble de la jeunesse qui vit dans notre pays garde foi dans son futur.

Alors ne nous voilons pas la face. Nous devons travailler pour entretenir cette foi. Et travailler dur. Car les problèmes ne manquent pas. Je pense évidemment au franc fort. Je pense aussi à nos relations avec l'Union européenne. Ces questions nous ont troublés en 2015. Elles continueront à nous préoccuper en 2016.

Vous le savez tous : aucune de ces questions n'a de réponse facile.

Le franc fort est un immense défi pour notre industrie et notre tourisme. Mais ce n'est pas la première fois que la cherté de notre monnaie a forcé nos entreprises à se surpasser. Elles ont toujours répondu en investissant dans la recherche, en développant de nouveaux produits de pointe. Aujourd'hui encore, la seule véritable solution s'appelle innovation.

Le monde entre dans l'ère de la digitalisation de l'économie. C'est une ère de nouveaux défis, mais aussi de nouvelles possibilités. La Suisse est extraordinairement bien placée pour tirer le meilleur des formidables avancées informatiques en cours.

Grâce à ses hautes-écoles, comme nos écoles polytechniques fédérales, elle est à la pointe de la recherche dans ce domaine.

Grâce à son formidable réseau de hautes-écoles spécialisées, elle peut rapidement transformer le savoir acquis en recherche appliquée.

Par le biais de la Commission de la technologie et de l'innovation, les entreprises peuvent trouver les chercheurs indispensables pour mettre réaliser de nouvelles solutions technologiques. C'est d'ailleurs pour cette raison que le Conseil fédéral a décidé la semaine passée de renforcer encore la CTI en la dotant de meilleures structures et de plus d'indépendance.

Beaucoup de nos entreprises explorent déjà les nouvelles possibilités offertes par la digitalisation. Elles utilisent les plateformes de recherche offertes par la CTI pour transformer ces possibilités en nouveaux modèles d'affaires. Ces entreprises de pointe en entraînent d'autres dans leur sillage.

Ce qui est essentiel maintenant, c'est que tous les acteurs économiques comprennent les enjeux d'industrie 4.0. Le fabriquant de serrures Kaba ou la société d'ascenseurs Schindler sont déjà à la pointe de cette révolution. Mais un nombre encore trop important de PME n'ont pas encore complètement saisi le nouveau paradigme qui va bouleverser le jeu économique. Nous devons les rendre attentifs aux nouveaux enjeux.

Oui, je sais : la digitalisation de l'économie reste aussi pour beaucoup de nos concitoyens qu'un simple slogan. Mais elle doit devenir centrale dans notre réflexions sur l'avenir de notre pays, car elle ouvre des questions auxquelles nous devrons répondre si nous voulons remplir la tâche que nous nous assignons : offrir des perspectives à tous nos concitoyens.

  • Nous devons faire comprendre que nos emplois sont bien plus menacés si nous refusons de nous engager sur cette voie. Oui, certaines places de travail vont disparaître, mais je suis persuadé que de nouveaux emplois plus intéressants, plus valorisants les remplaceront.
  • La formation et la recherche doivent rester notre priorité absolue. C'est seulement ainsi que nous pouvons rester à la pointe des évolutions technologiques et donner la possibilité au plus grand nombre à tirer tous les avantages des nouvelles possibilités qu'elles offrent.
  • Nous devons créer la confiance dans le nouveau monde digitalisé qui atteint aujourd'hui toutes les sphères de l'activité humaine.            Tout d'abord côté en assurant la fiabilité et la sécurité des systèmes, ensuite en s'assurant que nos citoyens gardent la maîtrise de leur destin digital, enfin en préservant la liberté d'entreprendre.

Chers amis,

Pour que notre pays puisse défendre son rang dans cette nouvelle révolution industrielle, il doit rester ouvert au monde. Pour cela, nos entreprises doivent avoir accès aux meilleures forces de travail disponibles. C'est seulement ainsi qu'elles pourront défendre notre prospérité et notre bien-être. Ici, je pense évidemment aux conséquences de la votation du 9 février 2014.

Nous devons trouver une solution qui nous permette à la fois de remplir le mandat du peuple, préserver nos accords bilatéraux avec l'Union européenne et disposer des meilleurs spécialistes. Plus personne ne peut l'ignorer : c'est un énorme défi.

Le fait que l'Union européenne traverse une succession de crises ajoute encore aux difficultés. L'afflux de réfugiés et les problèmes de sécurité, les menaces de la Grande-Bretagne de quitter l'Union, la poursuite de la stabilisation de la dette grecque et de l'Euro, - sont autant de dossiers qui accaparent toute l'attention de nos partenaires européens.

Ceci a des effets contradictoires pour la Suisse :

  • Négatifs, parce que nos problèmes sont actuellement le cadet des soucis de l'Union. Le message de la chancelière Angela Merkel lors de sa récente visite à Berne était bienveillant, mais très clair: vous avez créé le problème, à vous de faire les propositions pour le résoudre.
  • Positives, parce que les turbulences que traverse l'UE ouvrent aussi le jeu. Tout pousse l'UE et les Etats membres à des remises en cause. C'est connu: les crises sont aussi des moments de créativité.

Je ne me réjouis pas de cette situation. Loin de là. Je préfèrerais plus de sérénité. Nous avons besoin de stabilité en Europe. Mais en avançant dans un dialogue constructif qui tient compte des nouveaux défis auxquels toute l'Europe - et je dis bien toute l'Europe, pas seulement l'UE - fait face, nous pouvons trouver des solutions qui satisferont nos partenaires tout en tenant compte des intérêts de la Suisse.

Ce dialogue exige que nous restions lucides. Un travailleur immigré n'est pas un demandeur d'asile. Un réfugié n'est pas un terroriste. Et un terroriste ne se laissera pas dissuader par un retour dans le Réduit national. Et comprenez-moi bien : il ne s'agit pas de vœu pieux, ni de naïveté. Il s'agit simplement de garder la tête froide et de faire les différences là où elles sont nécessaires. Fondamentalement, la collaboration reste la meilleure solution en ces temps troublés.

Chaque question doit trouver des solutions ciblées. En premier lieu, celle de la libre circulation et de l'immigration. En l'état actuel des choses, j'estime que la clause de sauvegarde prévue par les accords bilatéraux offre toujours la meilleure piste pour réconcilier la volonté exprimée par le peuple suisse le 9 février 2014 avec la nécessité de préserver nos accords bilatéraux avec l'UE.

Signore e signori,

per trovare una soluzione alle sue controversie con l'UE, la Svizzera deve rimanere forte e unita. Si sono appena svolte le elezioni federali.
Il popolo si è espresso e ha dato forma alla nuova Assemblea federale. Il 9 dicembre prossimo si svolgerà l'ultimo atto: l'elezione del nuovo Consiglio federale.

Le elezioni sono il tempo delle speculazioni, degli intrighi più o meno segreti e delle frasi velenose. Ma questo, volenti o nolenti, fa parte della vita politica. È anche il tempo in cui si misurano i rapporti di forza. L'importante però, una volta finito lo scontro, è ritrovare il piacere di vivere insieme e il senso dell'interesse comune.

È l'unica condizione per valorizzare tutti gli aspetti del DNA svizzero. Senza dialogo, senza compromessi, senza terreno d'intesa non c'è Svizzera.

2016 sera une année décisive pour l'avenir de la Suisse.

2016 sera l'occasion de prouver que l'esprit de conciliation reste vivant dans notre pays.

2016 doit être l'année où nous construisons ensemble la solution au double défi de l'immigration et de nos relations avec l'Europe.

Seule une Suisse unie peut vivre en Europe et avec l'Europe.

Helvetia Latina, votre organisation, y contribue et doit y contribuer. Tout d'abord en rappelant à chaque moment que la Suisse, c'est aussi la Suisse latine et son formidable potentiel. En apportant votre vision sur les problèmes que notre pays affronte, vous contribuez à élargir le débat et à ouvrir l'éventail des possibilités.

La représentation équitable de toutes les langues et cultures à tous les niveaux de notre Administration fédérale n'est qu'une partie de l'équation. (Notez d'ailleurs au passage que tous nos Secrétaires d'Etat, - sauf un - sont latins J.) Bien plus important que la statistique, c'est l'engagement de chacun de vous dans tous les dossiers qui influent sur l'avenir de notre pays. C'est même la partie la plus déterminante.

Vous êtes indispensables. Sans vous, les problèmes de perception entre différentes régions linguistiques ne peuvent que s'aggraver. Petit exemple en forme d'autocritique. Mon département a lancé la Fachkräfteinitiative ou FKI qui vise à promouvoir auprès des entreprises le recours à la main d'œuvre locale.

En français, nous avons traduit par : initiative pour la main d'œuvre spécialisée. Traduction sans doute parfaitement exacte. Mais son impact sur les esprits latins reste, avouons-le, assez limité. Résultat : cette initiative, - qui a tout de même acquis une certaine notoriété en Suisse alémanique -, n'est guère perçue en Suisse romande. (D'ailleurs : si quelqu'un a une bonne idée pour un titre en français, je suis preneurJ)

Les Latins doivent contribuer afin que ces politiques soient aussi lisibles dans la partie francophone et italophone du pays qu'en Suisse allemande. Et cela doit se faire en amont, pas au niveau de nos traducteurs, aussi excellents qu'ils soient (et dont je salue au passage le formidable travail sans lequel notre Confédération serait simplement muette).

Pour cette raison, vous devez vous engager. Cherchez le dialogue et posez la question : et la Suisse romande, et le Tessin dans tout cela ? Osez remettre en question des propositions alémaniques avant que ce ne soient vos cantons qui ne le fassent. Ce que nous perdrons en temps pour en discuter, nous le gagnerons en efficacité et en cohésion du pays.

Et ne venez pas me dire que les Suisses allemands sont trop carrés pour comprendre. N'oubliez pas qu'à Berne, nous autres Alémaniques parlons la plupart du temps,- et quoi qu'on en dise -, toujours des langues étrangères : l'italien, le français ou le... Hochdeutsch. Cela limite quelque peu nos possibilités de faire dans l'humour et la subtilité. Mais je vous assure que la plupart d'entre nous deviennent très fins dans notre Schwytzertütsch maternel... J

Plaisanterie mise à part, ce que je veux vous dire ici, c'est que l'effort de compréhension doit venir de tous. Romands, Tessinois et Alémaniques, sans oublier les Romanches, doivent tous s'investir pour comprendre non seulement la langue, mais aussi les mentalités respectives.

C'est pour cette raison que dans la polémique des langues à l'école, je reste un ferme défenseur d'une langue nationale comme première langue étrangère. Mais comme je reste entrepreneur et homme d'affaires dans l'âme, je dis aussi : - « immédiatement suivi de l'anglais ! »

Mais cela, ce n'est que la question pratique. Nous devons aller plus loin. Dans l'effort de compréhension mutuelle entre nos régions linguistiques et culturelles, il n'y a pas de sens unique. Les Alémaniques ne sont pas les seuls qui doivent chercher à comprendre les autres. Les Tessinois et les Romands sont aussi appelés à s'engager. C'est seulement à ce prix que nous pourrons mobiliser toutes les ressources culturelles, scientifiques, sociales et politiques de notre pays pour résoudre les défis qui s'annoncent.

Or, nous avons besoin de toutes les capacités et de tous les esprits. Qu'ils soient romanches, tessinois, romands ou alémaniques. Nous avons ainsi gagné dans le passé et nous gagnerons ainsi dans le futur. La prospérité de notre pays et de sa population en dépend. Je résume: oublions donc nos petites différences pour nous concentrer sur ce qui unit ! C'est ainsi que nous avons fait avancer notre pays par le passé et c'est toujours ainsi que nous le ferons avancer en 2016 et dans les années à venir.

Je vous remercie pour votre attention.

 

Seul le texte prononcé fait foi.


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Auteur

Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche
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Dernière modification 11.05.2016

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