Discours - Personnes sur le chemin de l’exil: opportunités et responsabilité de la communauté internationale

Berne, 14.12.2021 - Discours prononcé par le conseiller fédéral Ignazio Cassis, vice-président du Conseil fédéral et chef du Département fédéral des affaires étrangères DFAE à l’occasion de la Réunion des hauts responsables - Seules les paroles prononcées font foi.

Monsieur le Haut Commissaire,
Mesdames et Messieurs les représentants des pays exerçant la co-présidence de la Réunion des hauts responsables,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

Dans une situation d’urgence depuis deux ans
J’ai le plaisir de vous accueillir à la Réunion des hauts responsables, deux ans après le premier Forum mondial sur les réfugiés qui nous avait réunis à Genève. Vous en souvenez-vous?

Nous étions en décembre 2019. Il faisait froid et humide, un temps semblable à celui d’aujourd’hui, en somme. Et pourtant, nous vivions encore dans un autre monde, un monde sans COVID-19, ce que l’on peine à s’imaginer aujourd’hui, tant le virus est omniprésent et tant les mesures prises pour endiguer la pandémie sont draconiennes.

Cette situation d’urgence qui règne à l’échelle planétaire ne doit pas occulter les autres problèmes. Nous devons avoir conscience qu’à l’ombre de la pandémie, des personnes sombrent dans l’oubli.

En plus d’être directement touchés par le virus, les réfugiés, les personnes déplacées et tous ceux qui vivent dans des régions en crise subissent de plein fouet les conséquences économiques et sociales des mesures prises pour lutter contre la pandémie.

Un nombre record de personnes sur le chemin de l’exil
Les conflits armés, les persécutions, la violence et les effets du changement climatique ont fait grimper le nombre de personnes déplacées à 84 millions au cours de cette année. Ce nombre n’avait jamais été aussi élevé.


Ces personnes ont pour la plupart été déplacées à l’intérieur des frontières de leur pays et celles d’entre elles qui ont trouvé refuge à l’étranger restent en général dans les pays voisins.

Au total, 86% des personnes ayant pris le chemin de l’exil sont accueillies dans des pays en développement, ce qui représente une contrainte considérable, pour les États comme pour les individus.

Décrivant la condition des personnes déplacées au XIXe siècle, l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski a dit en substance que celui qui n’a plus de patrie est condamné à la souffrance.

De quoi ont besoin les personnes qui ont dû quitter leur patrie? De quoi ont besoin les pays qui leur offrent un nouveau toit?

C’est à ces questions que la Réunion des hauts responsables tentera d’apporter des réponses cette année:
• Nous devons renforcer l’aide commune que nous apportons aux réfugiés tout en soutenant les pays qui accueillent ces personnes dans des conditions extrêmement difficiles et leur offrent provisoirement un toit.
• Malgré le COVID-19, ou justement à cause de lui, nous devons veiller à ce que les mesures qui ont été adoptées en 2019 lors du premier Forum mondial sur les réfugiés soient mises en œuvre de manière ciblée.
• Enfin, nous devons nous demander dans quels domaines une aide supplémentaire doit être impérativement apportée aux réfugiés compte tenu de la pandémie et de ses conséquences.

Une politique étayée pour des mesures efficaces
Nous ne pouvons faire l’impasse d’une politique fondée sur des éléments objectifs et concrets si nous voulons utiliser efficacement nos moyens limités.

Il nous faut savoir quelles sont, parmi les mesures, celles qui ont de l’effet et celles qui n’en ont pas. Aussi bienveillantes soient-elles, les mesures ne doivent pas provoquer plus de souffrances que le problème en soi!

Le rapport sur les indicateurs du Pacte mondial sur les réfugiés publié par le HCR, qui constitue une base d'informations fiable, présente les progrès qui ont été accomplis; je retiens notamment ceux-ci:
• Le nombre de partenaires se consacrant à la protection des réfugiés a triplé entre 2016 et 2020.
• Le soutien financier et matériel, notamment à destination des pays à faible revenu, a encore augmenté.
• En dépit de la pandémie de COVID-19, nous avons réussi l’année dernière à réagir aux nouveaux besoins en un temps record; nous ne nous sommes pas contentés d’adapter les projets en cours à la nouvelle donne; nous avons affecté des moyens financiers supplémentaires à la coopération internationale.

Une répartition équitable et une responsabilité partagée
Mais la situation actuelle nous montre également qu’une répartition plus équitable et plus prévisible des personnes déplacées est indispensable si nous voulons atteindre les objectifs du Pacte mondial sur les réfugiés.

Les tables rondes qui ont été organisées sous l’égide du HCR en guise de préparation à cette réunion ont fait émerger des approches prometteuses. Il faut désormais répondre aux questions suivantes:
• Comment les initiatives présentées pourront-elles être mises en œuvre à grande échelle?
• Comment adapter les mesures aux différents contextes de sorte qu’elles soient efficaces?
• Comment obtenir à terme une répartition équitable des charges et des responsabilités? 

Le rôle de la Suisse
État hôte de nombreuses agences de l’ONU et pays qui a vu naître le droit humanitaire international, la Suisse est fière de co-organiser la Réunion des hauts responsables de cette année.

• En parallèle, elle réitère sa promesse d’accueillir jusqu’à 1600 réfugiés sur son sol dans le cadre de son programme de réinstallation de réfugiés pour les années 2022 et 2023.

• La Suisse poursuit également ses efforts dans le domaine de l’éducation.
En effet, plus de la moitié des personnes déplacées sont des enfants. Parmi eux, les fillettes ne reprennent souvent plus le chemin de l’école, ce qui a de graves conséquences en termes d’inégalité entre les sexes.
C’est dans ce contexte que, tenant la promesse faite en 2019, la Suisse a créé le Geneva Global Hub for Education in Emergencies, qui a pour but de regrouper différents acteurs pour mobiliser des fonds supplémentaires et favoriser un engagement opérationnel pour l’éducation des enfants touchés par les crises et les déplacements forcés.
• Enfin, nous devons également tenir compte de l’un des principaux facteurs contraignant les personnes à prendre le chemin de l’exil:
il s’agit du changement climatique, dont les effets désastreux vont encore provoquer de nouveaux déplacements de population.

La Suisse investit depuis de nombreuses années dans l’innovation et les nouvelles technologies.
Elle a fondé en juin dernier, conjointement avec le HCR, le Geneva Technical Hub, qui a pour mission d’exploiter ces innovations au profit des réfugiés et de garantir la pérennité de l’aide humanitaire.

Tirer profit de nos expériences et unir nos efforts
Mesdames et Messieurs, comme vous le voyez, la Suisse est prête à poursuivre son engagement dans la ligne de sa tradition humanitaire, malgré la pandémie, ou plutôt à cause d’elle.

N’abandonnons pas les personnes contraintes de prendre le chemin de l’exil!

Mettons à profit nos deux jours de réunion pour tirer des enseignements de nos expériences et conjuguer nos efforts.

Utilisons la force que représente notre savoir collectif pour permettre à tous les individus de vivre en paix et en sécurité.

Je terminerai en citant l’écrivain allemand Paul Keller au sujet de la notion de patrie: «La patrie ne se résume pas à un territoire ni aux personnes que l’on aime. La patrie, c’est la paix.»

Que ses propos, tenus au temps de la Première Guerre mondiale, soient pour nous une source d’inspiration. Je vous remercie de votre attention.


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