La sécurité, un préalable à nos libertés, un préalable à notre indépendance

Berne, 24.01.2018 - Allocution de M. le Conseiller fédéral Guy Parmelin Chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) à l’occasion de la soirée du 24 janvier 2018 de l’UDC Vaud Palézieux-Village, le mercredi 24 janvier 2018.

Seul fait foi le texte effectivement prononcé

Monsieur le Président,
Chers élus, membres et sympathisants de l’UDC Vaud,
Chers amis et invités,

La vie d’un conseiller fédéral est itinérante. Cette année s’annonce donc à nouveau généreuse en rendez-vous, tant en Suisse qu’à l’étranger, ne me permettant de consacrer à la famille – à la famille politique également – et aux amis qu’un temps mesuré, mais d’autant plus apprécié de ce fait. C’est notamment le cas ce soir, avec le plaisir de vous retrouver à l’occasion de la traditionnelle célébration du 24 Janvier, un événement certes festif, mais dont il ne faut pas négliger la portée symbolique, en particulier quand on est un citoyen actif et conscient des responsabilités d’un engagement politique.

J’en profite au préalable, il n’est pas trop tard, pour doubler cette réflexion de mes vœux sincères : que l’année 2018 vous soit profitable et qu’elle favorise les ambitions de succès de la formation dont nous sommes issus ! Vous avez sans doute pris connaissance du premier sondage mené en prévision des élections fédérales de 2019 et apprécié le fait qu’il prédisait une progression sensible de l’UDC. Bien qu’optimiste, ce pronostic ne doit pas être un oreiller de paresse, mais plutôt un aiguillon nous stimulant à rester fidèles à nos convictions. De toute évidence, c’est sur cette voie que nous suit une large part de la population suisse ; ce chemin est donc le bon.

Une même approche prévaut dans mon département à l’égard de la matière première qu’il a la mission constitutionnelle de transformer en produit fini : la sécurité. J’insiste depuis plus de deux ans pour rappeler à mes interlocuteurs politiques, privés ou institutionnels combien cette sécurité est importante, pour ne pas dire essentielle.

Récemment, dans une lettre circulaire à mes collaborateurs, je soulignais ainsi la nature des enjeux qui se posent à mon département et celle des principaux projets – sur 900 environ – qu’il a actuellement « sur le feu ». J’y mettais en évidence, sans aucun orgueil de ma part, le fait que le temps où le public considérait les dossiers de défense comme des affaires de moindre intérêt, au mieux rébarbatives, au pire inutiles, était bel et bien révolu.

Les défis sécuritaires, croyez-moi, ont considérablement évolué, pour ce qui concerne aussi bien les objectifs extrêmement pointus que nous avons à remplir que les moyens extrêmement limités qui nous sont alloués pour les atteindre. Car le DDPS n’est définitivement pas cet « enfant gâté de la Confédération » que certains se plaisent perfidement à décrire.

Bien loin de la définition relativement homogène qu’elle avait au XXe siècle, la défense de la population, envisagée au sens large, constitue désormais un domaine particulièrement diversifié, fortement globalisé, technologiquement et politiquement complexe, et se caractérisant de plus en plus par des interdépendances marquées. Le projet d’acquisition d’un nouvel avion de combat, sans conteste l’un des projets phares de mon département, en est d’ailleurs le parfait exemple : la conduite d’un tel dossier doit en effet prendre en compte non seulement les capacités militaires de l’appareil envisagé, mais avec elles une foule d’éléments connexes comprenant par exemple la coordination et l’interopérabilité de l’ensemble des moyens affectés à la défense aérienne, les servitudes technologiques à l’égard du constructeur, la sécurité informatique des systèmes embarqués, la stratégie de participation industrielle, qui intéresse à juste titre la place économique suisse, ou encore les effets financiers induits sur les autres systèmes et moyens de notre armée, en particulier sur ceux des forces terrestres, qui ne veulent bien entendu pas être les parents pauvres de l’opération. Enfin, nous devrons élaborer soigneusement le processus démocratique, c’est-à-dire la technique législative de mise en œuvre de ce projet, les étapes parlementaires de validation, la question toujours ouverte et sensible d’un vote populaire et, bien évidemment, les démarches de communication. En fin de compte, cependant, la maîtrise de l’ensemble de ces paramètres n’empêchera pas certaines formations de faire tout leur possible pour jouer la montre et entraver le renouvellement de notre flotte vieillissante…

Il faut, dans ce débat qui s’engage, avoir le courage de dire que l’aviation militaire est un pilier central de notre défense. Et nous voyons mal canons ou missiles suppléer à eux seuls l’énorme potentiel qu’offre cette aviation. Sans les forces aériennes, c’est l’avenir même de notre armée qui est compromis. Il est en effet inconcevable de maintenir une armée crédible sans la doter d’un appui aérien fiable. Tous les terrains d’opération au monde le démontrent. Les incertitudes de notre époque nous interdisent par conséquent de nous priver volontairement de ce moyen d’action essentiel. J’émets par conséquent les plus grandes réserves contre l’idéalisme de certains milieux politiques qui les conduit à exclure l’hypothèse d’un conflit classique ou à considérer que l’existence de nos avions actuels peut être indéfiniment prolongée, et cela dans l’espoir à peine voilé de voir l’obsolescence de nos systèmes atteindre un point de non-retour.

Au cours du siècle précédent se sont déjà manifestés toutes sortes de stratèges particulièrement imaginatifs qui ont plaidé pour un effort de défense axé sur la résignation, partant du principe que les bombardiers stratégiques ou l’arme nucléaire finiraient par imposer leur loi. L’Histoire leur a donné tort. Ainsi, pratiquer la méthode Coué en entretenant l’illusion qu’il n’y aura plus jamais de guerre conventionnelle ou qu’une guerre conventionnelle n’impliquera plus de moyens aériens est un credo à mon sens dangereux.

En ce jour de commémoration de l’indépendance vaudoise, un parallèle s’établit spontanément entre les dangers de l’angélisme et la volonté affirmée de conserver nos moyens d’exercer notre souveraineté, dans l’espace aérien comme ailleurs, et de refuser ainsi que le principe de neutralité puisse être violé par des acteurs extérieurs.

Nous pouvons évidemment considérer que la stabilité et l’essor de notre pays résultent prioritairement de l’éducation et de la formation, qu’ils se construisent autour d’un système social et économique en résonance, et qu’ils se consolident au contact d’une démocratie vivante. J’entends ces arguments, mais la politique – du moins telle que nous la percevons vous et moi – ne doit pas être un concours de berceuses : la stabilité et l’essor de notre pays ne seront que peau de chagrin s’ils ne peuvent se réaliser dans un environnement sûr, garant de notre indépendance.
 
Comme vous l’avez peut-être remarqué, je suis escorté cette semaine par deux officiers de liaison qui ont pour mission de me relayer les éventuelles violations de l’espace aérien dans la région de Davos et de m’assister dans la prise de décision en lien avec d’éventuelles incursions non autorisées.

Le WEF constitue en effet pour notre armée une période particulièrement importante au cours de laquelle elle doit effectuer des prestations de protection des personnes et des biens, garantir la sécurité de l’espace aérien concerné et apporter un appui logistique dans le cadre du Service sanitaire coordonné. L’ensemble de ces activités s’insèrent dans ce que l’on appelle un engagement subsidiaire de sûreté, qui est destiné à décharger les autorités locales de police et à leur permettre de se concentrer sur leurs missions prioritaires.

Malgré la forte pression que représente l’obligation de succès de cette opération pour la Confédération et l’implication personnelle qu’elle nécessite, nous devons être fiers qu’elle soit accomplie par notre armée. Pour les quelque 5000 hommes susceptibles d’être engagés sur place, c’est une occasion unique d’opérer en situation réelle et au profit d’un événement de portée internationale, scruté bien au-delà de nos frontières.

Ainsi, être au rendez-vous d’événements de cette importance, être capable de relever les défis considérables qu’ils lancent, offrir à la face du monde – puisque c’est bien de cette tribune qu’il s’agit – l’image d’un pays conscient de ses responsabilités sécuritaires et apte à les assumer, voilà qui donne un sens on ne peut plus concret au rôle de nos forces armées, et cela dans un environnement exigeant qui contribue à asseoir leur crédibilité. Ce constat n’en est que plus vrai quand notre pays doit accueillir rien de moins que le président des Etats-Unis. Vous me permettrez d’en concevoir une légitime admiration.

L’utilité de notre armée se mesure toutefois à l’aune de bien d’autres événements, souvent plus pénibles. L’an passé, nous sommes ainsi intervenus notamment dans les Grisons et au Tessin afin d’y circonscrire d’importants incendies, à Bondo aussi à la suite d’un glissement de terrain qui a marqué l’actualité. Les catastrophes naturelles font aujourd’hui malheureusement partie intégrante de notre quotidien et nécessitent des interventions de grande ampleur auxquelles les moyens humains et logistiques de notre armée sont pratiquement les seuls à pouvoir répondre.

On le voit, notre politique de sécurité se trouve face à un tableau en constante évolution. Aux menaces conventionnelles d’hier s’ajoutent désormais les débordements de la nature, l’épée de Damoclès que fait peser sur nos sociétés occidentales l’expression d’un terrorisme aveugle, ou encore les actions hostiles menées sans relâche dans le cyberspace. Cela vient confirmer que la sécurité nationale, qu’elle incombe à l’armée, au Service de renseignement de la Confédération ou aux différentes instances cantonales compétentes, ne peut plus être focalisée sur un objectif unique. Nous sommes désormais engagés sur une voie fortement ramifiée, qui nécessite des méthodes fines et multiples d’appréciation et d’intervention. Celles-ci doivent privilégier l’anticipation, la collaboration, les compétences et le réalisme.

J’aimerais particulièrement insister sur ce dernier point : notre devoir est en effet de regarder la réalité comme elle est, et non comme on voudrait qu’elle soit, de se fixer une ligne de conduite claire tout en demeurant ouverts à la possibilité de la faire évoluer au gré des circonstances. Bref, il faut savoir rester « souple sur l’axe », si je puis dire.

En outre, la grande instabilité que nous ressentons sur le plan international, l’incroyable rapidité des changements politiques ou économiques contemporains, l’accélération spectaculaire de notre rythme de vie nous obligent à mettre en œuvre des mécanismes de sûreté à la base desquels devraient également figurer la raison et le sang-froid, plutôt que les modes et les caprices.

La raison, précisément, nous ouvre les yeux sur les réalités que j’évoquais à l’instant : notre pays doit compter dorénavant avec plusieurs formes de dangers, d’une intensité différenciée, qui nécessitent une approche résolue – le refus de se laisser surprendre – mais des solutions souples, adaptables. Cette capacité d’adaptation est d’ailleurs le seul remède à notre difficulté d’anticiper les phénomènes aussi bien dans leur brièveté que dans leur longévité. Ainsi, qui aurait pu prédire que le califat de l’Etat islamique allait s’essouffler après trois ans ? Qui sait comment et pour combien de temps Kim Jong-Un présidera aux destinées de son pays ? Qui peut entrevoir l’avenir de la Russie après Poutine, dont on oublierait presque qu’il a bientôt 66 ans ? Incapables d’infléchir le cours des choses, nous n’avons donc d’autre choix que de nous y préparer. « L’intelligence, écrivait André Gide, c’est la faculté d’adaptation ».

Quant au sang-froid, il est la réponse à apporter aux modes, justement, et à cette inconstance qui n’épargne pas davantage le milieu politique que les codes vestimentaires. La preuve en est que parlementaires et médias ont fait des « cybermenaces » le mot de l’année 2017. Certes, il s’agit d’un danger tout à fait réel, qui d’ailleurs nous concerne tous, constamment, mais c’est un danger qui ne saurait se substituer aux autres : focaliserait-on frénétiquement toutes nos énergies sur les cybermenaces que l’on n’améliorerait pas d’une décimale la sécurité globale de notre pays.

La politique de sécurité, Mesdames et Messieurs, n’est pas un manche à air qui bouge au gré des vents : c’est, je le répète, une affaire de raison, de sang-froid, d’analyse, d’anticipation et d’adaptation. Aussi, quand le Conseil fédéral propose de renouveler l’équipement des forces aériennes, ce n’est pas par lubie, mais parce qu’il estime qu’une protection efficace de la population suisse en dépend effectivement. De même, si notre armée engage dès cette année l’une des plus profondes réformes de son histoire, c’est que le gouvernement et le Parlement avec lui ont considéré que cette métamorphose était requise par la nature des effectifs à disposition et des missions qui seraient susceptibles de leur être confiées. Pourquoi vouloir une armée plus réactive, mieux formée, mieux ancrée régionalement, mieux équipée, sinon parce que nous sommes convaincus que ce sont les caractéristiques de l’armée qu’il nous faut pour affronter les importants défis sécuritaires de notre temps et assurer une défense nationale digne de ce nom ?

Les vents financiers, cependant, viennent contrarier nos ambitions. Nous évoluons ainsi dans un contexte budgétaire difficile, même si la taille de l’enveloppe qui nous permet d’effectuer nos tâches peut laisser penser le contraire. Pourtant, rapportées à notre PIB, nos dépenses militaires n’en représentent que le 0,7%, ce qui classe la Suisse entre la République dominicaine et la Jamaïque, quand ce chiffre est à peu près le double, en moyenne, dans l’Union européenne.

Cet effort financier étant demandé à tous les secteurs de l’administrations fédérale, il n’y a pas lieu de s’en apitoyer. Nous devons y voir moins un facteur de frustration qu’une incitation à prioriser encore mieux nos objectifs, à gérer encore mieux nos moyens et à optimiser encore plus nos potentiels, sans trop prêter l’oreille aux opinions sécuritaires le plus souvent antagonistes qui s’expriment dans la classe politique.

Mesdames et Messieurs, chers amis UDC, beaucoup estiment, à juste titre d’ailleurs, que la Suisse est un pays qui doit sa prospérité pour l’essentiel au fait qu’il peut s’adosser à des normes juridiques solides, à une économie dynamique et innovante, à une loi sur le travail moins tatillonne qu’ailleurs, à une main-d’œuvre de qualité, formée selon un système professionnel et académique hautement éprouvé, à des institutions et à des infrastructures fiables. C’est là un fait incontestable.

Il ne doit pas pour autant nous faire oublier ce que notre qualité de vie doit à la sécurité, prise au sens propre du terme. La sécurité n’est pas l’ennemie de nos libertés ; elle en est au contraire le préalable, comme elle est le préalable à la justice, à la démocratie et à l’indépendance auxquelles nous sommes toutes et tous profondément attachés. La sécurité ne stimule pas la vigueur de nos institutions, mais elle crée les conditions favorables à cette vigueur. Ce n’est pas tout à fait rien pour un pays qui est au bénéfice d’une longue et riche histoire, qui peut se targuer d’une stabilité incomparable et qui est en droit d’accomplir fièrement sa destinée.

Le 24 janvier m’offre l’occasion de rappeler l’importance de nos responsabilités communes à cet égard, ainsi que celle de nos engagements individuels dans l’exercice de nos devoirs de citoyen. Le maintien de la sécurité est l’un d’entre eux. « Security is everyone’s job », comme disent nos amis anglophones.

Je souhaite succès et prospérité à ce canton de Vaud qui nous est cher, et à chacune à chacun d’entre vous une excellente année 2018 dans vos accomplissements personnels et professionnels.

Je vous remercie de votre attention.


Adresse pour l'envoi de questions

DDPS Communication
Palais fédéral Est
CH - 3003 Berne


Auteur

Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports
http://www.vbs.admin.ch

Dernière modification 05.01.2016

Début de la page

https://www.admin.ch/content/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-70813.html