«Le goût des confidences»

Berne, 13.09.2017 - Berne, 13.09.2017 - Discours du conseiller fédéral Didier Burkhalter lors de la semaine du Goût - Seul le texte prononcé fait foi

Cher Joseph,
Mesdames et Messieurs, et chers amis,

Merci beaucoup de cette invitation - qui est du meilleur goût : le goût de l’amitié et du terroir, et de surcroît du terroir neuchâtelois –  ce qui est inégalable à mon goût…

Goût de l’amitié, goût du terroir neuchâtelois et, pourquoi pas ce soir, le goût plus ou moins épicé des confidences. Car, en effet, il y a des mariages de goûts assez peu connus entre le discret terroir neuchâtelois et la très protocolaire Berne fédérale.

Un exemple : à chaque fois qu’il y a une élection au Conseil fédéral (c’est rare, mais cela arrive), la Suisse officielle s’interroge avec avidité sur l’origine des candidats. Et puis, on se nourrit, comme toujours dans notre pays, de statistiques (venant d’ailleurs d’un office fédéral décentralisé à Neuchâtel). Souvent, on s’aperçoit alors que la région neuchâteloise a produit des conseillers fédéraux en quantité si généreuse qu’on en vient à se demander quel engrais politique a été mis dans son terroir.

En fait, il y a de multiples explications. Mais l’une est d’un goût tout simple qui fleure bon la terre, plus exactement le vignoble. En effet, à chaque élection, il faut savoir que les caves de la Confédération se remplissent des meilleurs vins de la région du nouvel élu. Et ceux de Neuchâtel ont un goût qui aime à surprendre en bien, tout doucement. Le goût du travail bien fait.

Vous en doutez ? Alors, faites une dégustation les yeux fermés et faites confiance à votre goût. Il vous amènera souvent, naturellement, vers cette région neuchâteloise, même pour le champagne !

Autre exemple et autre confidence : le conseiller fédéral neuchâtelois que je suis aime à recevoir ses hôtes étrangers en terre neuchâteloise ; et non seulement sur le territoire béni de la capitale. Ce qui est apparu pour certains comme un péché… capital ! Et pour d’autres comme la démonstration que je serais un « home office minister », ce qui est un comble – évidemment - pour un « minister of foreign office »…

Serait-ce dès lors une faute de goût ? En fait, c’est le contraire : mes collègues venus des quatre coins de la planète sont surpris par ce goût très personnel, plus authentique, ce gout de l’appellation de mon origine. Et, lorsqu’il s’agit de traiter – voire même d’avaler - des divergences profondes, il n’y a rien de meilleur que la simplicité neuchâteloise agrémentée d’un dessert à l’absinthe pour retrouver rapidement et durablement des goûts communs.

C’est ainsi que des goûts et des couleurs se sont retrouvés à Neuchâtel.

Pendant qu’il dégustait les produits neuchâtelois, un Russe au prénom de Sergei a obligé une bonne partie de la presse fédérale à venir jusqu’à Neuchâtel ; ce qu’elle estimait au premier abord d’un goût douteux ; mais ce qu’elle a su, ensuite, savourer à sa juste valeur.

Une ministre, répondant au prénom (venu du nord) de Margot, a pris beaucoup de plaisir à découvrir le goût des vendanges et celui du moût sorti du pressoir. Une autre ministre, prénommée Julie, venue cette fois-ci de l’autre côté du monde, est repartie de la gare de Neuchâtel (de ce fameux quai que j’utilise parfois et qui est devenu mondialement connu grâce à une photo volée) en disant que cette région savait donner au travail le goût des vacances. Et c’est un goût tenace car elle m’en parle encore aujourd’hui.

Même un prince venu du soleil levant a choisi Neuchâtel pour goûter (comme le dit l’hymne neuchâtelois) le soleil de la liberté.

Bref, Mesdames et Messieurs, j’aime ma région. J’aime sa capacité à donner du goût à tout ce qui est simple et modeste. Et, ce soir, j’aime partager ce goût avec vous.

Une dernière confidence pour la route, une confidence très personnelle cette fois-ci : au fond, pourquoi suis-je devenu conseiller fédéral ?

Et bien, c’est à cause de la rencontre entre deux natures : la nature neuchâteloise et la mienne. Mon grand-père était pêcheur professionnel à Auvernier (qui – comme chacun sait – est le plus beau village du monde). Un été, il m’a fait découvrir son métier, souvent sur le lac dès trois ou quatre heures du matin pour relever les filets. J’ai adoré le goût du lac, mais je n’aimais pas pêcher. Je ne voulais pas enlever le goût de la vie. J’essayais constamment de sauver les poissons encore bien vivants et pris dans les mailles du filet.

Homme à la pauvreté digne, mon grand-père n’a jamais rien dit. Jusqu’à un beau jour, alors que le goût de l’été s’en allait. Là, en me regardant de ses beaux yeux fatigués par la dureté de la vie, il m’a dit : « Didier, tu feras de ta vie autre chose que pêcheur. »  Peut-être est-ce à ce moment-là que j’ai commencé à prendre goût à une vie… politique, qui va bientôt se terminer.

Merci et bon appétit.


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Dernière modification 05.01.2016

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