«Une Suisse engagée dans le monde, car l’avenir est à faire»

Genève, 22.08.2016 - Discours inaugural du Conseiller fédéral Didier Burkhalter à l’occasion de la Conférence des ambassadeurs et du réseau extérieur 2016 - Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames et Messieurs,

« L’avenir est notre affaire » écrivait un essayiste suisse. J’ajoute : l’avenir est à faire. Il n’est pas ce qui va nous arriver, mais - pour l’essentiel - ce que nous voulons en faire. Le but de toute politique est de façonner cet avenir, de préparer le meilleur avenir possible, de créer des perspectives pour nos enfants et leurs enfants.

C’est parce que vous croyez en cela, Mesdames et Messieurs, que vous avez choisi le métier qui vous rassemble ici aujourd’hui.

C’est parce que tu crois en l’action et en la volonté politiques, en cette nécessité d’apporter des réponses concrètes aux défis, que j’ai souhaité t’inviter, cher Paolo Gentiloni, Monsieur le Ministre italien des affaires étrangères. En mon nom personnel et au nom de toutes les personnes présentes ici, j’aimerais te remercier sincèrement de l’honneur et de l’amitié que tu nous témoignes en ayant accepté de venir aujourd’hui. Nous nous réjouissons de t’entendre nous exposer ta vision de ce que faire l’avenir signifie par rapport à la relation entre nos pays, voisins et amis, et dans une perspective européenne et multilatérale.

Mesdames, Messieurs,

Préparer le meilleur avenir pour la Suisse, cela signifie garantir le positionnement de notre pays dans le monde et si possible l'améliorer encore. Or la Suisse va bien, de nombreux classements le soulignent.

Même au classement des médailles des Jeux olympiques d’été nous nous portons plutôt bien – félicitations à nos sportifs ! Mais surtout si on regarde des indicateurs comme la qualité de vie, l'emploi – notamment celui des jeunes - la formation, la compétitivité, la recherche … on voit que la Suisse dispose d’atouts remarquables. Cette situation, nous la devons à nos aînés qui ont bien préparé l’avenir de leurs enfants et petits-enfants: c’est-à-dire le nôtre. Ils avaient compris que l’avenir était à faire. Ce modèle à succès, il est de notre responsabilité de le préserver, de le rendre durable. Nous devons retrousser nos manches face à cet avenir à faire : en politique intérieure, bien sûr, mais aussi en politique étrangère.

Cette politique étrangère, le Conseil fédéral la définit et la conduit. Cette politique, il peut la déployer grâce à vous qui êtes réunis aujourd’hui ici à Genève et grâce à vos collaborateurs. Soyez-en tous remerciés ! Mais nous ne pouvons pas nous reposer sur nos acquis. Nous devons rester en pleine forme – « fit » comme on dit en Suisse alémanique ! - pour mieux faire l’avenir. C’est aussi valable pour notre politique du personnel. Dans ce domaine aussi nous devons être prêts à affronter les multiples défis de la politique étrangère tout en tenant compte des spécificités du DFAE et de ses différentes catégories de personnel. Une question centrale ici est d’examiner l’opportunité d’introduire un système fonctionnel pour les carrières diplomatique et consulaire.

Le Conseil fédéral a chargé le DFAE de lui soumettre une première analyse à ce propos d’ici à début 2017 et j’ai mandaté le directeur des ressources d’approfondir cette question.

Nous devons mener une réflexion ouverte sur ce thème, sans préjuger du résultat. Cette attitude proactive doit nous permettre de proposer des solutions qui tiendront compte des missions et spécificités du DFAE, comme le système des transferts. Un système dit « fonctionnel » n’est pas un but en soi : il peut être l’un des moyens pour promouvoir durablement l’adéquation et l’attrait des métiers de la politique extérieure. Les différentes carrières - expressions des compétences et valeurs spécifiques - auront toute leur place dans ce nouveau cadre. L’analyse menée au sein du département, dans laquelle le personnel est impliqué étroitement et de façon transparente – j’y tiens beaucoup – devra déterminer quels seraient les avantages et inconvénients d’un tel changement. Si une évaluation des coûts est naturellement requise, cette démarche n’est pas en soi un exercice d’économies : son but est ailleurs. Il s’agit de garantir des conditions de recrutement, de formation et d'engagement optimales pour tous les métiers de la politique étrangère en intégrant deux défis majeurs : 1. Un monde dans lequel les tensions géopolitiques vont générer une multiplication des contextes fragiles et des conflits et 2. Une société devenue plus complexe, plus exigeante et plus individualiste dans laquelle il devient plus difficile d'attirer et de garder les talents.

Les réformes amènent toujours avec elles leur lot d’insécurité. Je pense toutefois qu’une réforme est non seulement nécessaire – car dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres le statu quo serait en fait un recul – mais que c’est une chance à saisir.

Une chance d’améliorer ce qui existe, en visant une politique étrangère à la cohérence et à l’efficacité encore renforcées et cela en se basant sur les atouts que sont: la compétition, l’égalité des chances, la transparence, la responsabilité individuelle. Je remercie toutes les personnes qui s’impliquent activement dans ce projet. Cet esprit de dialogue est indispensable pour construire un système apte à encore mieux faire l’avenir ensemble.

1. Stratégie de politique étrangère 2016-2019

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes dans la première année d’une nouvelle législature. C’est le moment pour définir les priorités de la politique extérieure des années à venir. Le Conseil fédéral s’y est employé en adoptant une stratégie de politique étrangère pour les années 2016 à 2019. Une stratégie pour quatre ans mais qui s’inscrit dans une perspective à dix ans. Elle s’inscrit donc dans la continuité, mais elle tient compte des changements intervenus en Suisse et dans le monde. Vous connaissez bien cette nouvelle stratégie, je ne la détaille pas. Je rappelle simplement 3 importants points d’ancrage:
  
1. Tout d'abord, il y a les principes de notre texte fondamental, la Constitution, guide sur le long terme.

2. Un deuxième point d’ancrage, c’est la culture politique suisse et ses institutions qui imprègnent les valeurs que nous voulons promouvoir comme la démocratie, la paix, la diversité, la force du dialogue.

3. Enfin il y a le contexte international changeant. Nous devons faire face à des rivalités croissantes, un nombre de crises régionales en Augmentation (en Ukraine, en Syrie, au Proche Orient, …). Nous faisons aussi face à une menace accrue de groupes terroristes; à la situation des personnes déplacées qui sont désormais 65 millions, (l’équivalent de la population italienne ou de 8 fois la Suisse !); à la mise sous pression du droit international auquel on oppose les rapports de force… Nous faisons face à un monde qui a perdu en stabilité et en prévisibilité.

Qu'est-ce que cela signifie pour notre politique étrangère ? La réponse du Conseil fédéral est:

- « le droit plutôt que la force »: La Suisse a intérêt à ce que les relations internationales restent réglées dans le cadre du droit.
- Nous voulons des solutions politiques aux conflits: La Suisse a un intérêt à ce que les solutions aux crises se trouvent à travers la diplomatie et le dialogue et elle peut jouer ici un rôle de bâtisseur de ponts.
- Enfin nous visons un ordre international basé sur des règles communes: la Suisse a intérêt à ce que les organisations et mécanismes internationaux et multilatéraux fonctionnent pour apporter des réponses aux crises dans un cadre concerté et légitime. 

La stratégie du Conseil fédéral s’organise en 4 axes prioritaires:

1. L’UE et ses Etats-membres
2. Nos partenaires globaux
3. La paix et la sécurité
4. Le développement durable et la prospérité

Ces thèmes et leur déclinaison détermineront le contenu de notre action, mais aussi notre manière de nous organiser.

Les nominations qui interviennent en début de législature se feront avec l’objectif de renforcer encore la capacité de mise en œuvre de la stratégie de politique étrangère.

Vous l’avez lu, le Secrétaire d’Etat Yves Rossier m’a demandé, après avoir passé plus de 4 ans à la tête de la direction politique, à figurer sur la liste des transferts. Je le remercie pour son engagement, sa créativité, son dynamisme dans sa fonction et je lui souhaite plein succès dans sa future affectation.

Le poste de secrétaire d’Etat sera mis au concours à la fin de ce mois d’août et je me réjouis de recevoir les candidatures. Je remercie déjà toutes celles et ceux qui marqueront la volonté de prendre cette passionnante responsabilité – et qui continueront à orienter le Département dans le sens de la stratégie de politique étrangère du Conseil fédéral et de ses points forts.
 
Je remercie aussi le Secrétaire d’Etat adjoint Georges Martin, le coordinateur de cette conférence des ambassadeurs. Je le remercie pour son engagement et pour le travail qu’il continuera de faire à mes côtés dans d’autres fonctions.

C’est un privilège de pouvoir travailler ainsi aux côtés de personnes qui s’orientent vers la seule chose qui compte : la défense des valeurs et des intérêts de notre pays et de ses habitants. Et je me réjouis de pouvoir continuer à le faire.

J’aimerais aujourd’hui justement évoquer deux de ces points forts de notre stratégie: notre relation avec l’UE et notre engagement en faveur de la paix et de la sécurité, en particulier dans le cadre du système multilatéral et des Nations Unies.

2. La Suisse et l’UE

Mesdames, Messieurs,

L’Union européenne est le principal partenaire de la Suisse au plan humain, culturel, scientifique et économique. La Suisse a développé avec ce voisin un vaste réseau d’accords regroupés au sein de la voie bilatérale. Suite au vote du 9 février 2014, le Conseil fédéral s’est fixé pour but de mieux maîtriser la migration et de consolider et développer la voie bilatérale. La Suisse n’est pas membre de l’UE et ne souhaite pas le devenir. Mais comme l’UE, elle a intérêt à une relation réglée sur la base du droit.

Une relation qui favorise les opportunités de coopération dans des domaines d’intérêt commun. Une relation prévisible et stable qui garantisse la sécurité du droit.

La voie bilatérale est la seule option capable de rassembler les Suisses – or nous avons besoin d’un fort ancrage intérieur pour notre politique extérieure. La voie bilatérale est aussi un moyen « gagnant-gagnant » de renforcer la relation entre la Suisse, 20e économie du monde et 7e du continent, et ses voisins. La Suisse offre de nombreux emplois aux citoyens de l’UE qui y sont installés ou qui vivent à ses frontières ; presque une personne sur dix qui fait usage de la libre circulation des personnes en Europe se trouve en Suisse ! Quant aux échanges commerciaux Suisse-UE ils approchent 1 milliard de francs par jour ouvrable ! La Suisse apporte aussi sa pierre à l’édifice de la sécurité européenne, à travers l’espace Schengen – comme elle le fait également par son engagement au sein de l’OSCE. La Suisse renforce aussi la recherche européenne par ses contributions de premier plan.

D’un autre côté, elle bénéficie d’accès facilités à certains secteurs du marché intérieur européen et participe à des politiques ou des programmes européens, notamment dans le domaine de la recherche, de la formation ou de la sécurité.

Mais ici aussi, la situation a évolué ces dernières années, d’une part suite au vote du peuple suisse de début 2014 qui a modifié en partie les conditions de base. D’autre part, parce que l’UE évolue : elle a connu des crises, notamment financière et sécuritaire. Elle n’a eu de cesse de renforcer son marché intérieur et les compétences communautaires.  Elle vient aussi de connaître un moment important avec un autre vote : celui des citoyens britanniques.

Cette décision pose de nombreuses questions : pour ce pays, pour l’UE, pour la Suisse. Un grand nombre des réponses à ces questions ne seront données qu’au cours des mois, voire des années à venir. Nous pouvons néanmoins d’ores et déjà préciser l’intention de la Suisse à l’égard du Royaume-Uni et à l’égard de l’UE.

D’une part, le Conseil fédéral entend agir de manière proactive et constructive pour sa relation avec le Royaume-Uni. Nos pays sont des partenaires importants : ils effectuent près de 20 milliards de francs d’échanges commerciaux par an et environ 35 000 Suisses résident au Royaume-Uni. Ces liens sont si concrets qu’il y a chaque jour 150 liaisons aériennes entre nos deux pays (un vol toutes les 10 minutes !).Le Conseil fédéral a l’intention de maintenir des liens forts, qu’il faudra redéfinir à travers de nouveaux accords. A cet effet, il mène un dialogue avec le gouvernement britannique.

Le Conseil fédéral veut par ailleurs trouver des solutions en ce qui concerne la relation entre la Suisse et l’UE. Nous menons depuis plusieurs mois des pourparlers, discussions freinées ce printemps dans l’attente du vote britannique. Nous voici arrivés à la croisée des chemins. Le Conseil fédéral multiplie les efforts pour parvenir à une solution concertée avec l’UE d’ici la fin de l’année, seul moyen de garantir à court terme la sécurité du droit nécessaire aux entreprises et favorable à un climat propice aux investissements, donc également aux emplois de l’avenir, en Suisse comme dans l’UE et notamment dans nos pays voisins.

Dans ce contexte aussi, la Suisse comme l’UE ont tout intérêt à ce que l’ordre international soit négocié et organisé dans un cadre clair et prévisible. Elles n’ont rien à gagner des seuls rapports de force.

En raison de la situation nouvelle créée par le vote britannique, la recherche d’une solution concertée peut s’avérer plus difficile encore. Pour autant, est-il plus opportun de laisser un problème de plus se dégrader ? Ne serait-il pas plus sage, et surtout davantage dans l’intérêt des populations à la fois de la Suisse et de l’UE, de résoudre ces problèmes avec une petite dose de pragmatisme supplémentaire? Pour le Conseil fédéral, le temps est venu – pour la Suisse et pour l’UE - de « passer l’épaule », de trouver des solutions aux questions posées quant à l’avenir de la relation Suisse-UE; des solutions d’intérêt commun pour nos populations.
 
La Suisse et l’UE sont convenus d’intensifier les discussions techniques. Le vote britannique n’a pas bloqué les discussions, au contraire, il a permis de les accélérer : une fenêtre existe jusqu’à la fin de l’année pour trouver un accord. Là aussi, l’avenir est à faire. Voulons-nous le transformer en crise ? Ou travailler à des solutions ?

En parallèle, nous poursuivons la négociation sur un accord institutionnel, là aussi pour assurer la sécurité du droit et bénéficier d’un cadre juridique clair et prévisible, cette fois-ci à long terme. Cet accord sur la sécurité du droit a pour but de préserver et développer à long terme la voie bilatérale, pour que nos enfants et petits-enfants puissent aussi en bénéficier.

Cet accord n’est pas finalisé. Il n’aurait pas de majorité aujourd’hui en Suisse. Mais, si son contenu est bon, il peut en obtenir une à l’avenir. Car il nous permettra de disposer durablement des accès au marché européen, y compris dans de nouveaux domaines, et d’éviter la discrimination de nos acteurs économiques.

Avec une reprise dynamique mais non automatique du droit, une participation à l’élaboration du droit, une surveillance faite par la Suisse sur son territoire et, à la fin du processus, des décisions qui se prennent par le comité mixte et non par une Cour de justice, la Suisse a déjà négocié les principaux contours d’une solution qui préserve sa souveraineté et donne un avenir à la voie bilatérale. Il reste des questions ouvertes. L’accord, lorsqu’il sera finalisé et pour autant qu’il soit conforme aux objectifs du Conseil fédéral, sera transmis au Parlement, puis soumis au droit de référendum.

Le Conseil fédéral n’entend pas lier juridiquement cet accord à une solution sur la libre-circulation, laquelle doit de toute manière être réglée en premier lieu, les calendriers d’approbation étant très différents. Mais il ne serait aujourd’hui pas possible de discuter avec l’UE sur la libre circulation si, en parallèle, les négociations sur l’accord institutionnel n’avaient pas lieu.

Nous voilà à la croisée des chemins. On est en plein cœur de difficiles négociations et je reste optimiste ! En politique il faut de la volonté, il faut croire dans les bons projets et garder le cap. Il ne s’agit pas d’être naïf, mais déterminé, croire qu’il est possible de faire l’avenir et y travailler dur. Je ne sais pas si nous arriverons à un accord avec l’UE dans tous ces domaines. Mais – et tu seras certainement d’accord avec moi cher Paolo ! - je sais que c’est possible.

C’est possible si nous le voulons des deux côtés, que nous y mettons une volonté politique suffisante et que nous travaillons avec force, créativité et une dose de pragmatisme.

Monsieur le Ministre, Cher Paolo,
Mesdames et Messieurs,

Dans ce premier axe de notre stratégie nous parlons de la relation entre la Suisse et l’UE, mais aussi de celle avec ses Etats-membres. Au premier rang de ceux-ci, il y a nos pays voisins. L’Italie est un de ces voisins importants, notre 3e partenaire commercial, le pays avec lequel nous partageons notre plus longue frontière, qui file souvent sur nos plus hauts et nos plus beaux sommets - comment oublier que la montagne-symbole de notre pays, le Cervin, est en fait une « copropriété » Suisse-Italie?  Un pays avec lequel nous partageons une langue, l’Italien, qui contribue à la richesse culturelle et linguistique qui fait l’identité de la Suisse dont nous sommes si fiers. Un pays qui compte une population de plus de 300'000 personnes installées en Suisse. Un pays dont nous voulons rapprocher encore la plus grande partie de notre pays : nous avons fait un pas de géant en ce sens cette année en ouvrant le tunnel de base du Gothard. Nous déplaçons des montagnes pour améliorer nos liaisons ! Et nous l’avons fait avec la contribution décisive de la main d’œuvre et du savoir-faire de travailleurs italiens.

Je me réjouis, Monsieur le Ministre, cher Paolo, de la qualité professionnelle et amicale de nos relations. Nous avons quelques problèmes de voisinage à régler, il y en a toujours entre voisins. Nous progressons : dans le domaine de la sécurité, dans celui de la fiscalité. Et nous voulons continuer à travailler ensemble dans le cadre européen : sur la question des relations Suisse-UE - et je te remercie ici pour le soutien engagé de l’Italie – sur le dossier de la migration au plan européen et mondial ou encore sur la question de la sécurité internationale, notamment au sein de l’OSCE que l’Italie présidera en 2018. Ta présence aujourd’hui ici souligne la qualité et l’importance de cette relation et je t’en remercie.

3. La Suisse et le monde multilatéral

Dans sa stratégie de politique extérieure, le Conseil fédéral accorde une grande importance à la promotion d’un multilatéralisme efficace, notamment dans le domaine de la paix et de la sécurité. La Communauté internationale est parvenue à conclure de nouveaux accords de coopération importants (Agenda 2030, Accord de Paris sur le climat). Mais en ce qui concerne la maîtrise et la prévention des conflits, tout comme la recherche de solutions concertées aux problèmes de sécurité, le bilan est nettement moins positif.

Face aux crises majeures, telles que celles que traversent l’Ukraine et la Syrie, le Conseil de sécurité des Nations Unies est souvent incapable de s’accorder sur des positions communes.
 
Depuis plusieurs semaines, nous observons une escalade de la violence et une détérioration de la situation humanitaire en Syrie, en particulier à Alep.

Ces derniers jours, la détresse a pris un visage, celui de ce petit garçon, Omran, qui nous a tous bouleversés.

La Suisse appelle les parties au conflit à restaurer le régime de cessation des hostilités, à garantir l’accès humanitaire rapide et sans entraves aux acteurs humanitaires, ainsi qu’à respecter strictement le droit international humanitaire.

La lutte pour le pouvoir qui se fait sur le dos de tellement d’enfants, de femmes et hommes innocents doit prendre fin une fois pour toutes. La Suisse soutient le travail de l’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, elle promeut le dialogue entre parties au conflit et aide à réduire la souffrance de la population civile à travers l’aide humanitaire et la livraison d’ambulances sur place. Comme celle qui transportait le petit Omran.

Il est toutefois indispensable que les parties au conflit et les acteurs régionaux et internationaux montrent clairement leur volonté d’entreprendre des avancées concrètes au niveau politique, afin de permettre, enfin, une solution soutenable au conflit armé en Syrie.

Sur le plan régional, la difficulté de trouver des solutions multilatérales est également manifeste. Certains États auraient tendance à considérer l’OSCE davantage comme une arène permettant de profiler leurs positions que comme un organisme consacré à une véritable recherche de solutions.

Ce manque de progrès concerne non seulement certains conflits mais aussi d’autres thèmes de sécurité : l’année dernière, la Conférence des Parties chargée d'examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires n’a ainsi pas abouti aux résultats nécessaires.

Ces évolutions sont sources d’inquiétudes. La crise du multilatéralisme n’est pas seulement conjoncturelle. Ses racines, pour certaines, sont profondes. Dans un monde multipolaire, la recherche de solutions multilatérales est un défi en soi. La renaissance de la géopolitique et de la politique de puissance, le retour des rapports de force entre les États, le mépris des règles établies et du droit international, la recrudescence de l’autoritarisme. Tout cela affaiblit le multilatéralisme et déstabilise l’ordre mondial.

Cela étant, j’aimerais vous faire part de trois convictions:

1. Il n’existe pas, dans ce monde multipolaire, d’alternative aux solutions multilatérales pour faire face aux défis qui nous concernent tous.

2. La sécurité, la prospérité et l’indépendance de la Suisse dépendent largement du bon fonctionnement d’un ordre international juste et régi par des règles.

3. La Suisse a de bonnes cartes en main pour contribuer de manière constructive au renforcement du multilatéralisme. Dans ce domaine, elle peut et doit apporter sa pierre à l’édifice de l’avenir : c’est une des raisons d’être de sa diplomatie. Je suis convaincu que plus le système multilatéral peine à trouver des majorités, plus le monde se (multi)polarise, plus il connaît de crises et plus le profil d’un pays comme la Suisse devient recherché et utile. Neutre et indépendant, sans intérêts cachés, engagé, pragmatique, discret, fiable : notre pays a de nombreux atouts pour jouer un rôle spécifique. Et il est dans son intérêt et de sa responsabilité de le faire.

Quelle doit être la contribution de la Suisse à un avenir multilatéral? Je vous livre cinq réflexions à ce sujet.

1. Avant tout, la Suisse a – je l’ai dit - un profil unique en politique étrangère. Elle a vocation à favoriser le dialogue et le consensus. Nous ne sommes d’aucun bord, nous pouvons donc jeter des ponts et nous efforcer de concilier des vues divergentes.

Dans le cadre de sa présidence de l’OSCE, la Suisse avait invité les ministres des affaires étrangères des pays participants à une rencontre informelle sur l’Ukraine à Bâle, à une discussion autour d’une fondue à Davos et à un « side-event » (en bon français) consacrée à la sécurité européenne en marge de la 69e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York.

Dans cette même optique, nous saluons l’initiative de la présidence allemande de l’OSCE d’accueillir une rencontre ministérielle informelle à Potsdam le 1er septembre prochain. Nous félicitons aussi l’Italie de son élection à la présidence de l’OSCE en 2018 et je t’encourage vivement, Cher Paolo, à poursuivre ce type d’échanges - informels et intensifs - entre ministres.

2. Dans un deuxième temps, nous devons développer de bonnes idées pour renforcer la capacité d’action des organisations internationales. La Suisse est au top mondial de l’innovation : elle doit également l’être en politique extérieure. Un exemple est l’appel du 13 juin, par lequel nous entendons renforcer la prévention des conflits par un meilleur respect des droits de l’homme et proposons de resserrer les liens entre Conseil des droits de l’homme et le Conseil de sécurité.

3. Troisièmement, la Suisse doit agir de manière pragmatique tout en restant fidèle à ses principes. Nous sommes favorables à des formats multilatéraux inclusifs, mais nous sommes bien conscients que les discussions en petits groupes et le dialogue entre grandes puissances peuvent s’avérer utiles pour identifier des solutions. Je pense aux groupes de suivi sur la Syrie ou la Libye ou encore à l’initiative de Paris visant à relancer les pourparlers de paix au Proche-Orient. Je pense aussi au « format Normandie » établi pour répondre à la crise ukrainienne. Il est toutefois important que des initiatives de ce genre visent à compléter et soutenir le travail d’organisations comme l’ONU ou l’OSCE, et non pas à se substituer à elles.

4. Quatrièmement, la Suisse ne veut pas seulement renforcer la capacité d’action de l’ONU et de l’OSCE, mais également soutenir les organisations régionales dont elle n’est pas membre.

Nous nous mobilisons pour que se développent des structures de coopération régionale et de sécurité coopérative, par exemple en Asie de l’Est ou au Proche et au Moyen Orient. Nous cherchons à favoriser le dialogue et la coopération entre les acteurs de ces régions.

5. Cinquièmement, le Conseil fédéral souhaite renforcer la Genève internationale, carrefour de compétences et d’opportunités. Nous voulons renforcer Genève comme centre mondial de la paix et de la sécurité notamment. Pour cela, il faut moderniser ses infrastructures, à commencer par le Palais des Nations pour la rénovation duquel la Suisse accordera un prêt de 400 millions de francs (le dossier entre en dernière phase au Parlement). Mais il faut plus, notamment renforcer les institutions basées à Genève et leurs synergies.

C’est un des autres piliers de la stratégie d’État hôte développée par la Confédération avec la ville et le canton de Genève - que j’aimerais remercier ici pour la qualité de la coopération. Je me réjouis aussi de l’excellente collaboration avec l’ONU et les organisations internationales.

Je pense en particulier au directeur de l’Office des Nations Unies à Genève, M. Michael Møller, que je remercie pour son travail, son engagement inlassable et son accueil chaleureux.

Mesdames et Messieurs,

Forts de son engagement déjà conséquent pour un multilatéralisme efficace, la Suisse passe à une autre étape par sa candidature au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Je félicite l’Italie pour sa récente élection au Conseil de sécurité. La formule finalement choisie, celle d’un siège partagé avec un autre membre de l’UE, est une solution créative qui aura permis de débloquer la situation au sein de l’Assemblée générale. C’était une décision raisonnable et responsable. La Suisse remercie l’Italie et les Pays-Bas, leur souhaite plein succès dans la réalisation de leur mandat et se réjouit d’une collaboration fructueuse à New York.

Pour sa part, la Suisse est pour la première fois de son histoire candidate à un siège au Conseil de sécurité, en 2023-2024. Elle mène campagne à sa manière depuis des années. Cette candidature sera une priorité de notre politique étrangère ces prochaines années. D’emblée je remercie chacun de son engagement.

Pourquoi cette candidature ? Il ne s’agit pas d’un but en soi mais d’un moyen au service d’un but. Le but est de contribuer à renforcer la sécurité et la paix, à prévenir les crises, à réformer le système des Nations Unies pour le rendre plus fort, plus juste, plus efficace. Le but, c’est de faire l’avenir, ensemble.  Nous devons nous armer de l’humilité et de la patience helvétiques, car tous les objectifs ne pourront pas être atteints.

Ou certains ne le seront qu’à long terme. Il faudra de la détermination, de la créativité, de l’engagement, du pragmatisme, de l’opiniâtreté. Nous les avons. Et cela en vaut la peine, car tout progrès, même modeste, est utile. Il nous faudra donc aussi une pointe d’« ambition juste » - celle de la responsabilité.

A travers cette campagne, la Suisse ne va pas complètement revoir son rôle au sein des Nations Unies. Elle restera fidèle à ses engagements qui couvrent un large spectre des domaines d’action de l’ONU. Mais elle renforcera des lignes d’action et définira des priorités et initiatives politiques. Au cours des prochains mois, nous allons intensifier le travail au sein du DFAE et avec les autres départements en vue d’identifier, de définir et préciser les priorités de notre programme de travail dans le cadre de cette candidature. Je souhaite que ce processus intègre le maximum de forces et d’idées dans le département et au-delà, à commencer par les réflexions et la créativité de la jeunesse.

Je remercie chacun de sa contribution et de son engagement dans ce processus au long cours.

En 2014, au moment de m’exprimer devant l’Assemblée générale, j’avais demandé au représentant de la jeunesse suisse qui m’accompagnait à New York de me confier son rêve pour le monde. J’aimerais conclure avec ses mots : « Un monde dans lequel les hommes savent résoudre leurs problèmes dans la paix, sans violence ; un monde de liberté et de respect mutuel ; un monde où tous les jeunes ont la perspective d’un travail, qui permet d’avoir une vie heureuse. »

Cette vision – profondément suisse - me semble tout simplement juste. Elle vient d’un jeune, mais elle correspond à nos valeurs ancestrales. Je souhaite qu’elle inspire notre travail pour construire ensemble cette candidature, pour faire l’avenir, ensemble.

Merci de votre engagement et de votre motivation pour notre pays dans le monde.


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