«Pour bien tourner, le monde a besoin d’un nouvel équilibre»

Montreux, 20.11.2015 - Allocution du Conseiller fédéral Didier Burkhalter lors de la World Policy Conference à Montreux - Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Merci de votre invitation ! Et merci de votre présence en Suisse.

Il y a une semaine, la France a été atteinte au cœur, à Paris. La France, notre voisine – par la géographie et par les valeurs. La France, à l’égard de laquelle nous ressentons ici beaucoup d’amitié, une amitié solide, longue ; très longue, même, puisque nous célébrerons l’an prochain les cinq cents ans de notre traité de « paix perpétuelle »…

Les attaques de ces derniers temps ont été porté contre la liberté, l’égalité, les droits de l’homme ; contre les valeurs fondamentales de l’humanité. A Paris, comme à Beyrouth, au Sinaï, à Yola au Nigéria, à Bagdad ou ailleurs encore…

Il est des moments difficiles dans la vie ; dans celle des êtres humains comme dans celle des Etats. Il faut alors faire face, debout et unis.

La Suisse condamne avec la plus grande fermeté ces actes de barbarie. Elle partage la douleur des pays touchés, de leurs gouvernements et des proches des victimes. Nous ne céderons pas aux intimidations terroristes et sommes déterminés à travailler encore plus dur pour protéger nos populations et défendre les valeurs fondamentales de l’humanité. A nos yeux, il faut donner la première priorité à la prévention de l’extrémisme violent.

Aujourd’hui, notre monde est devenu plus instable, plus complexe, plus dangereux. La résurgence de la violence armée – des conflits violents et du terrorisme – affecte toutes nos sociétés. Elle engendre d’immenses souffrances humaines et compromet la sécurité et la prospérité dans le monde. Une barrière de feu s’est embrasée sur les flancs Sud et Est de l’Europe qui allume des foyers jusqu’au cœur de notre continent.

Ces crises sont un défi pour des régions entières, par l’afflux de réfugiés qui fuient cette violence et les brasiers qui consument leurs maisons. Des millions de personnes ont fui la Syrie, dont l’immense majorité se trouve dans les pays voisins de celle-ci. En Jordanie, par exemple, où nous essayons d’aider ; en revitalisant des écoles : 220'000 enfants Syriens se trouvent en Jordanie, 120'000 sont pour l’heure scolarisés, dans des conditions souvent difficiles, serrés parfois jusqu’à 80 par classe, se rendant à l’école le ventre creux. 100'000 autres enfants sont pour l’heure privés d’accès à l’éducation, et donc potentiellement privés de perspectives, d’un avenir : une bombe à retardement de plus…

Une minorité de ces réfugiés - mais tout de même des centaines de milliers - se tournent vers l’Europe, mettant celle-ci au défi : quelles réponses humaines, logistiques et  sécuritaires ? Comment garder la maîtrise des risques et l’adéquation aux valeurs ?

Ceci dit, il n’y a pas que les conflits et le terrorisme qui occupent les chancelleries de nos jours. Une deuxième dynamique se dessine clairement : le retour de la géopolitique.

Ces deux facteurs conjugués – la géopolitique et la violence armée – marquent notre monde d’une empreinte profonde. Depuis un quart de siècle au moins, c’est la mondialisation qui façonne le destin du monde ; et cette grande tendance perdurera. Mais ces deux éléments - la géopolitique et la violence armée - redéfinissent les contours de cette mondialisation, avec  une incidence nette sur la politique étrangère.

Dans notre monde du XXIe siècle, les crises ne sont plus l’exception mais la normalité. C’est en soi inacceptable – et il faut le combattre – mais on ne saurait nier l’évidence. Face à cela, le besoin de diplomatie atteint un niveau inégalé depuis de nombreuses années. Il faut de la diplomatie au pouvoir, et avant tout de la diplomatie créative !

Car la situation est sombre aujourd’hui. Nous vivons des temps d’incertitude et les gouvernements fonctionnent en mode de crise quasi permanent. La force du dialogue et la créativité de la diplomatie peuvent changer les choses. Et la Suisse peut apporter des contributions utiles à cet effet. Cette région lémanique et cette ville de Montreux, qui nous accueillent aujourd’hui, en sont un symbole et une réalité.

De nombreuses conférences de paix et rencontres diplomatiques, publiques ou discrètes, ont eu lieu sur les rives de ce lac. Jusque dans cet hôtel-même, où s’est tenue au début de l’an dernier la 2e conférence de paix sur la Syrie. La Suisse a une histoire et un rôle spécifiques. Elle se sent d’autant plus responsable de cette spécificité, tout en étant pleinement solidaire du monde.

C’est au fond de cela dont je souhaite vous parler : les changements du monde et la réponse de la Suisse.

Commençons par un zoom arrière pour observer un peu mieux cette grande tendance structurelle qu’est la mondialisation. Le principal effet de la mondialisation est de diffuser le pouvoir. Depuis la fin de la guerre froide, lorsqu’on a cru que les rideaux de fer appartenaient définitivement au passé de ce continent, le processus de globalisation a transformé le monde, peut-être plus que tout autre phénomène.

L’interconnexion économique, sociale et technologique croissante du monde a renforcé le pouvoir de nombreux acteurs. C’est vrai pour les acteurs non étatiques comme les ONG, les sociétés multinationales et les mégapoles. Mais il y a aussi eu un basculement du pouvoir presque monopolisé par les économies développées vers les économies émergentes et en développement du Sud et de l’Est.

Les écarts de développement entre les pays du monde se sont resserrés. Le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les pays en développement est tombé de 47% en 1990 à 14% aujourd’hui. Nous sommes donc passés, en vingt-cinq ans, d’une personne sur deux à une personne sur sept !

Mais il y a le revers de la médaille. La mondialisation a également favorisé de nouvelles inégalités. Le progrès économique demeure inégal. C’est en Chine et en Inde qu’a eu lieu l’essentiel du recul de la pauvreté, tandis que l’Afrique subsaharienne reste encore à la traîne.

La diffusion rapide des idées, des biens et des capitaux ainsi que l’accélération des mouvements de population peuvent par ailleurs accentuer l’instabilité sociale, économique et politique. En Suisse, comme dans d’autres pays de l’OCDE, de nombreuses personnes s’inquiètent de l’immigration et de ses conséquences en termes de capacité d’intégration, d’aménagement d’un territoire déjà densément peuplé ou de compétition sur le marché de l’emploi. Les questions identitaires sont aujourd’hui un sujet politique majeur dans toute l’Europe.

La mondialisation peut être une force positive et offrir de formidables opportunités à l’humanité. Mais il faut la façonner de sorte à en maximiser les avantages et à en minimiser les inconvénients. Comme toujours, il faut chercher un point d’équilibre : la mondialisation ne peut pas progresser si elle est perçue comme un risque pour les sociétés, si elle va trop vite, si seule une minorité en tire avantage.

Faire progresser et non pas seulement avancer : c’est là la clé.

L’agenda de la mondialisation, c’est donc maintenir un ordre juste et pacifique ; c’est aussi veiller à l’efficacité et à la légitimité des institutions nationales et internationales ; c’est encore assurer la cohésion de nos sociétés. C’est enfin définir des réponses communes aux nombreux enjeux, qu’il s’agisse des menaces transnationales ou des défis globaux comme le climat, la sécurité, l’eau, les migrations, l’extrémisme violent.

Cette recherche d’un nécessaire équilibre, pour faire « bien tourner le monde » a toujours été un défi majeur. Il l’est d’autant plus aujourd’hui, en raison des deux évolutions que j’ai mentionnées: le retour de la géopolitique et la résurgence de la violence armée.

Le retour de la géopolitique est un effet secondaire de la mondialisation. Bien qu’un monde multipolaire ne soit pas nécessairement un obstacle à un multilatéralisme efficace, l’action collective est devenue plus complexe. Elle demande davantage d’engagement, de temps et d’énergie.

Or les grandes puissances semblent définir leurs intérêts davantage dans un esprit de confrontation que de coopération. Les normes internationales et le droit international sont l’objet de pressions croissantes.

La compétition géopolitique s’est amplifiée non seulement au niveau planétaire, mais aussi dans des contextes régionaux.

L’équilibre existant est remis en question dans plusieurs régions du monde, notamment en Asie de l’Est (avec les tensions dans la mer de Chine), en Europe (avec l’Ukraine) et au Moyen-Orient (dans une série de conflits). Dans toutes ces parties du monde, nous assistons à un bouleversement des équilibres régionaux et à la réémergence de nations qui avaient été de grandes puissances dans un passé parfois lointain, qui avaient marqué le monde au fil des siècles. Pensons au retour de la Chine ou de l’Inde, deux puissance qui détenaient la plus grande part du PIB mondial jusqu’au milieu du XIXe siècle, pensons à l’Iran, pensons à la Russie et à la Turquie, ces ponts entre l’Europe et l’Asie.  

La géopolitique relève du choix des gouvernements, elle n’est pas un fait donné. Il nous appartient de démontrer que nous aurions tous avantage à choisir des solutions coopératives plutôt que des logiques d’exclusion.

Dans le dossier du nucléaire iranien, le pays concerné et les grandes puissances ont choisi  la voie de la diplomatie plutôt que celle de la confrontation. La Suisse s’en réjouit et elle a fortement soutenu ce processus, qui s’est déroulé notamment dans cette région et – lui aussi, décidément… - dans cet hôtel.

Cet esprit de coordination et de dialogue - au-delà des divergences immédiates - parviendra-t-il à s’imposer également pour trouver une solution dans la crise syrienne ? La communauté internationale va-t-elle lutter efficacement et sur la base de décisions de l’ONU contre le soi-disant « Etat islamique » ?

L’avenir nous le dira. Mais le rétablissement du consensus, la reconstruction d’un ordre juste et pacifique demande aussi de reconnaître qu’il existe des limites à l’universalisme occidental, que la mondialisation - dirigée par l’Occident pendant plus d’un siècle - évolue vers la multipolarité.

La résurgence de la violence armée constitue un deuxième obstacle qui empêche d’avancer sur la voie du développement et de récolter les fruits de la mondialisation. Bien que des chercheurs nous rappellent que le nombre de conflits violents tend en fait à diminuer à long terme, nous devons relever deux phénomènes actuels :

Premièrement, le nombre de victimes est en forte progression. On estime que si les conflits violents ont fait 56’000 morts en 2008, ce nombre est passé à 180’000 en 2014. La guerre en Syrie a causé à elle seule la mort de 70’000 personnes l’an dernier. Selon le HCR à fin 2014, le monde comptait 60 millions de déplacés internes, un nombre inégalé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale !

Second phénomène : l’instabilité et la violence ont considérablement augmenté dans le voisinage même de l’Europe. A l’Est de l’Europe, la crise ukrainienne a marqué le retour de la guerre sur le continent, ce qui semblait impensable il y a peu. Au Sud, la situation s’est dégradée en de nombreux endroits. D’anciens conflits non résolus, comme le conflit israélo-palestinien, et des guerres plus récentes en Syrie, au Yémen, en Libye ont plongé la région dans une crise profonde. Et le terrorisme djihadiste progresse, favorisé par la défaillance des Etats.

Les effets du retour de la violence armée sont immenses : dans les régions en proie à des conflits, la sécurité humaine recule, l’activité économique est entravée – aujourd’hui les deux tiers de la population syrienne dépendent de l’aide humanitaire alors que plus de 4 millions de personnes ont fui le pays - et les progrès du développement sont réduits à néant.

L’Europe n’est pas non plus épargnée.
 
D’une part, elle doit faire face à un important afflux de réfugiés, qui cherchent à fuir cette violence. Elaborer une réponse appropriée à cette crise est devenue l’un des plus grands défis que l’Europe ait eu à relever ces dernières décennies.

D’autre part - et nous devons faire une claire distinction entre les deux sujets - l’Europe est devenue davantage la cible d’attaques terroristes. Avec les attaques de Paris, le terrorisme de « l’Etat Islamique » a pris une nouvelle dimension.

L’insécurité et l’instabilité qui prévalent au Moyen-Orient sont de plus en plus liées à la situation de l’Europe. La menace du terrorisme continuera par ailleurs sûrement de peser sur notre continent, même si nous mettons tout en œuvre pour la réduire.

Mesdames et Messieurs,

Où est la Suisse dans cette nouvelle configuration du monde ?

La Suisse est un pays fortement mondialisé, bénéficie d’une économie mondiale stable et ouverte. A en croire plusieurs classements, la Suisse figurerait parmi les dix pays les plus mondialisés et dispose d’une des économies les plus innovantes et compétitives.

Cette société et économie compétitive, innovante et axée sur l’exportation a grandement bénéficié des opportunités déroulantes de la globalisation.

Cela signifie aussi que notre prospérité et notre sécurité dépendent d’un environnement international stable et ouvert.

La Suisse a donc un intérêt important à contribuer à la recherche de solutions coopératives à ces défis. La clé de notre avenir réside dans la volonté constante d’agir, de créer et de façonner plutôt que dans l’immobilité. C’est dans notre propre intérêt de ne pas nous laisser entrainer par la peur et le repli sur soi.

Dans ce monde multipolaire émergent, la Suisse n’appartient à aucun des centres du pouvoir. Nous sommes un pays européen qui promeut des valeurs européennes, et l’UE est notre principal partenaire. Mais la Suisse mène sa propre politique étrangère. Notre indépendance nous permet de jeter des passerelles, de travailler avec un large éventail d’acteurs et de développer nos propres initiatives. Les plus de 170 représentations suisses implantées dans le monde offrent à cet égard de bonnes possibilités.

Dans le monde d’aujourd’hui, la Suisse n’est pas une petite mais une moyenne puissance. Nous ne sommes pas assez grands pour effrayer les autres. Nous ne participons à aucun jeu de pouvoir géopolitique. Mais nous ne sommes pas pour autant trop petits pour être entendus et avoir une influence. La Suisse compte parmi les 20 premières économies mondiales et se classe au septième rang au niveau européen – alors que sa population correspond à celle d’une ville comme Paris ! Par ailleurs, elle est le 15e contributeur au budget ordinaire de l’ONU. Et nous sommes des champions en innovation, pas seulement dans les technologies et les affaires, mais nous tentons également de mener une diplomatie innovante !

La politique extérieure de la Suisse reflète les caractéristiques de notre culture politique nationale – c’est au fond ce qui fait sa force. Nous encourageons le dialogue et une culture du compromis. Nous sommes pour les solutions fédératrices, pour les formules de partage du pouvoir, pour les droits de l’homme et les principes humanitaires, pour la primauté du droit sur le pouvoir. Voilà aussi ce qui explique comment la Suisse, avec ses différentes langues et religions – est parvenue à préserver la paix au fil des siècles.

Je suis convaincu que ces principes et valeurs sont plus importants que jamais. En nous basant sur eux, nous pouvons faire davantage et nous le ferons.

Donc, quelle réponse la Suisse apporte-t-elle aux changements à l’œuvre dans le monde ? Comment nous mobilisons-nous ?

Permettez-moi de rappeler quatre points :
- Nous travaillons à résoudre la crise des réfugiés
- Nous intensifions nos efforts pour régler les conflits, lutter contre le terrorisme et promouvoir la paix et la sécurité
- Nous intégrons la nécessité de la paix dans notre programme de développement
- Et, quelles que soient les préoccupations liées à la gestion de crise, nous veillons à disposer de la marge et de la capacité nécessaires pour contribuer aux efforts destinés à faire progresser la mise en œuvre de l’agenda de la mondialisation.

Premièrement, la crise des réfugiés : elle a pris des dimensions qui auraient été inimaginables il y a seulement quelques mois. Cette nouvelle crise majeure doit être traitée de toute urgence – en plus de tout le reste. Le défi est à la fois d’ordre politique et d’ordre moral. Fait significatif, les réfugiés cherchent à fuir vers les démocraties libérales du Nord, et ces démocraties libérales– c’est-à-dire nous, en Europe – doivent démontrer leur capacité à apporter une réponse commune à la crise qui soit fondée sur la solidarité, sur les Conventions de Genève et sur la mise en œuvre effective des mesures convenues.

La Suisse a donné refuge à plus de 9000 Syriens depuis le déclenchement de la guerre. Nous coopérons étroitement avec l’UE pour faire face à la crise des réfugiés sur notre continent. La Suisse participe au programme de relocalisation. Nous contribuons également aux efforts de l’UE visant à sécuriser les frontières européennes, en lui fournissant des ressources financières et humaines.

Conformément à la tradition humanitaire de la Suisse, la priorité a été, ces derniers mois, d’augmenter rapidement l’aide humanitaire fournie aux réfugiés dans les régions affectées par le conflit – avant l’arrivée de l’hiver. Mais les efforts internationaux restent insuffisants et il faudra les intensifier dans les mois qui viennent.

Deuxièmement, la Suisse renforce son engagement en faveur de la paix et de la sécurité. C’est ce qui ressortira de la stratégie de politique étrangère du Conseil fédéral pour les quatre prochaines années, que nous élaborons actuellement. Endiguer, désamorcer et résoudre les nombreuses crises en cours et réduire la violence armée sont devenues des missions clés de notre temps.

Au cours des quinze dernières années, la Suisse a mis au point une panoplie unique d’instruments permettant de transformer les conflits, de protéger les civils dans les conflits et de promouvoir la sécurité humaine. En exerçant la présidence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) l’année dernière, nous avons montré que grâce à son rôle unique, la Suisse peut utilement contribuer à désamorcer les crises.

L’un des champs d’activité que nous souhaitons développer est notre capacité de médiation. La Suisse a des aptitudes particulières pour la médiation, et il y a actuellement une forte demande en la matière sur la scène internationale. Nous élargirons notre pool de médiateurs et d’experts et professionnaliserons leur formation afin de consolider notre rôle de premier plan dans ce domaine. Et nous continuerons à offrir nos services pour faciliter les pourparlers de paix, à Genève ou ailleurs.

Le terrorisme constitue évidemment un autre domaine clé. Il y a deux mois, le gouvernement suisse a approuvé une stratégie nationale de lutte contre le terrorisme. Elle repose sur quatre piliers : la prévention, la répression, la protection et la gestion des crises.

La prévention est une priorité et nous la renforçons essentiellement de deux manières : D’abord, nous avons élaboré une nouvelle loi sur le renseignement, qui a maintenant été approuvée par le Parlement (mais qui reste sujette à référendum).

Deuxièmement, nous avons érigé la prévention de l’extrémisme violent en nouvelle priorité de la politique extérieure de la Suisse. Une tâche énorme consiste à offrir des possibilités aux personnes vulnérables comme alternatives au terrorisme violent. Le développement et la promotion de la paix ont un rôle à jouer dans la lutte contre le terrorisme. Diverses mesures doivent être prises notamment en matière d’emploi des jeunes et d’encouragement à la participation politique, en faisant intervenir des personnes pouvant s’adresser de manière crédible aux jeunes à risques. Nous sommes en train d’élaborer notre premier plan d’action pour la prévention de l’extrémisme violent. La collaboration avec l’ONU dans ce domaine occupera une place de choix en la matière.

J’aimerais vous donner trois exemples pour l’engagement de la Suisse dans la prévention de l’extrémisme violent :

i) Par la promotion de la coopération internationale. L’ONU va annoncer avant la fin de l’année son premier plan d’action pour la prévention de l’extrémisme violent.  La Suisse co-organisera au printemps prochain une conférence internationale à Genève afin de débattre de la mise en œuvre de ce plan d’action. Bâtir un toit commun pour notre communauté internationale – voilà qui est essentiel pour combattre efficacement le terrorisme violent.

ii) Deuxièmement, la Suisse réalise des projets sur le terrain. Notre pays a l’un des taux de chômage des jeunes parmi les plus bas en Europe. Cela est dû en grande partie à la formation professionnelle duale qui facilite l’intégration de la jeunesse dans le marché du travail et qui fournit à l’économie les qualifications et aptitudes dont celle-ci a besoin. La Suisse contribue dans plusieurs pays à des projets de formation professionnelle, comme par exemple en Tunisie ou en Afghanistan. Nous sommes convaincus que la clé pour dissuader les jeunes de se tourner vers le terrorisme consiste à leur offrir de réelles perspectives de vie. La Suisse a annoncé, il y a deux mois, lors du leader’s summit on the prevention of violent extremism à New York qu’elle allait organiser l’année prochaine une rencontre d’experts sur la formation professionnelle à Genève. La rencontre sera axée sur la question du rôle que la formation professionnelle peut jouer pour créer des perspectives et favoriser la résilience des sociétés dans des régions du globe particulièrement menacées par l’extrémisme violent.

iii) Troisièmement, la Suisse soutient aussi substantiellement le Global Community Engagement and Resilience Fund (GCERF). Il s’agit d’une initiative globale, à caractère publique-privée et basée à Genève établie dans le but de soutenir les efforts  locaux des communautés pour favoriser leur résilience à l’encontre de l’extrémisme violent. Le GCERF va prochainement annoncer des projets concrets au Bangladesh, au Mali et au Nigéria. Nous encourageons les acteurs privés et publics à soutenir le GCERF.

Il est clair que de telles mesures, tout comme le renforcement de nos capacités de médiation, auront essentiellement des effets à moyen et à long terme. A court terme, mettre un terme à la guerre en Syrie est certainement la priorité la plus importante pour réduire la violence armée et promouvoir la sécurité. Cela donnerait aux Syriens une chance de reconstruire leur pays et aux personnes déplacées une perspective de retour chez elles. Par ailleurs, les chances d’affaiblir l’EI s’en trouveraient améliorées.

La Suisse soutient les efforts déployés par l’envoyé spécial des Nations Unies Staffan de Mistura en faveur du dialogue inter-syrien. La Suisse peut aider en lui apportant son expertise et, si nécessaire, en mettant à sa disposition des moyens financiers et la logistique genevoise. Si toute transition politique doit être conduite et contrôlée par la Syrie, il est important que les puissances régionales et globales créent un environnement favorable. A cet égard, il est encourageant de voir que, en dépit de toutes leurs divergences, les Etats-Unis et la Russie ont maintenant créé un Groupe international de soutien à la Syrie, qui réunit autour d’une même table l’Arabie saoudite et l’Iran.

La Suisse appelle tous les acteurs impliqués à traduire leurs manifestations de solidarité après les attaques de Paris en un effort commun pour mettre fin à la violence en Syrie. C’est la seule chance de progresser dans la réalisation de l’objectif déclaré d’une gouvernance crédible, inclusive, non confessionnelle, suivie par une nouvelle Constitution et des élections libres et équitables.

Notre troisième réponse aux changements à l’œuvre dans le monde concerne un sujet que j’ai juste effleuré, à savoir la corrélation toujours plus évidente entre le développement et la violence armée. Il ne peut y avoir de développement sans paix, ni de paix sans développement.

Cela a été reconnue dans l’Agenda 2030, le nouveau cadre pour la coopération internationale, qui fait de la promotion de « sociétés pacifiques et inclusives » l’un des 17 objectifs de développement durable.

Si nous voulons réduire encore la pauvreté et faire progresser le développement durable ainsi que prévenir l’extrémisme violent, nous devons œuvrer à la transformation des Etats fragiles pour en faire des Etats pacifiques, inclusifs et stables. C’est facile à dire… ! Cela requiert beaucoup de travail, à commencer en complétant les activités de développement traditionnelles par des mesures de consolidation de la paix et de renforcement de l’Etat. Aujourd’hui, la moitié des partenaires de développement de la Suisse sont déjà des Etats fragiles. Dans les années qui viennent, il sera d’autant plus important de s’attaquer aux causes de leur fragilité, de renforcer leur résistance aux crises et d’améliorer leur situation en matière de droits de l’homme. C’est un défi mais il est nécessaire de le relever.

J’en arrive ainsi au quatrième et dernier point en ce qui concerne la réponse de la Suisse aux développements en cours. Mon pays peut et doit contribuer à la gestion des crises actuelles, mais une priorités doit être aussi de faire progresser l’agenda de la mondialisation. Nous devons faire attention de ne pas perdre de vue ces buts à long terme alors que la gestion de crise absorbe beaucoup de temps et d’énergie.

Je pense à nos contributions au débat sur la réforme des Nations Unies et à nos idées concernant le renforcement de la capacité d’action de l’OSCE ; à nos efforts en vue de promouvoir la sécurité coopérative en Asie de l’Est et au Moyen-Orient ; à notre engagement en faveur de la non-prolifération des armes et du désarmement ; à notre initiative conjointe avec le CICR sur le renforcement du respect du droit international humanitaire ; ou à nos programmes portant sur des questions comme le changement climatique, la sécurité alimentaire, la migration et l’eau.

A nos yeux, l’eau doit faire l’objet de coopération, pas de conflits armés. Voilà pourquoi nous avons lancé lundi passé à Genève un panel international sur la thématique de l’eau et de la paix. 

Mesdames et Messieurs,

Une fois encore, j’aimerais vous remercier d’être ici en Suisse ; et surtout d’être ici pour débattre des enjeux communs, de notre vie commune sur cette planète. Du dialogue, de la diplomatie, de la créativité : tout cela est nécessaire et des rencontres telles que cette « world policy conference » s’inscrivent dans ce mouvement.

Et face à ces enjeux communs, dans cette recherche de nouvelle équilibre, je pense que la Suisse, l’esprit de cette région, l’esprit de Genève – un  esprit de paix et de coopération – peut nous aider et nous inspirer.

Alors bienvenue, bonne journée et bon travail


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