Speech - Suisse et Saint-Siège : une histoire dense, du Moyen-Âge à l’engagement commun pour la paix

Fribourg, 08.11.2021 - Discours du Conseiller fédéral Ignazio Cassis, Vice-Président du Conseil fédéral et Chef du Département fédéral des affaires étrangères DFAE à l’occasion de la Célébration officielle du Centenaire de la reprise des relations diplomatiques entre la Confédération et le Saint-Siège - Seul le texte prononcé fait foi.

Eminence,
Madame la Rectrice,
Monsieur le Conseiller fédéral,
Excellences,
Mesdames et Messieurs les représentants des Autorités fédérales, cantonales et communales,
Mesdames et Messieurs,

Avec une année de retard dû à la pandémie, nous pouvons enfin célébrer le centenaire de la reprise des relations diplomatiques entre la Suisse et le Saint-Siège, décidée en 1920 par le Conseil fédéral.
Revenir sur notre passé est indispensable pour projeter dans le futur la relation entre nos deux Etats. Nous voulons aujourd’hui poser les jalons pour les défis communs, notamment pour favoriser la paix dans le monde.

Ce matin, Son Éminence le cardinal Parolin et moi-même avons signé à Berne un déclaration conjointe par laquelle la Suisse et le Saint-Siège s’engagent à renforcer leur coopération dans le domaine de la promotion de la paix et des droits de l’homme.
Nous entendons ainsi associer davantage nos efforts dans la lutte contre la peine de mort et la protection des minorités, ainsi que soutenir conjointement des plateformes interreligieuses et les initiatives pour la prévention des conflits.
Il s’agit d’un signal fort à une époque où de nombreux conflits armés se perpétuent, hélas, à travers le monde et où les droits fondamentaux sont fréquemment bafoués.

Vous le savez, les objectifs de paix et de sécurité figurent au premier rang des priorités de la politique étrangère de la Suisse.
Dans sa stratégie de politique extérieure 2020-2023, le Conseil fédéral s’appuie sur les bons offices, la lutte contre la pauvreté, la promotion de la durabilité écologique, économique et sociale, ainsi que sur de nouveaux instruments comme la diplomatie scientifique. La candidature de la Suisse au Conseil de sécurité de l’ONU s’insère également dans cette approche : en sa qualité d’État neutre, la Suisse bâtit des ponts.
Dans le domaine de la paix, la Suisse et le Saint-Siège sont guidés par la même vision qu’il y a un siècle. Pour illustrer ce propos, je me permettrai de citer ici un commentaire publié dans la Gazette de Lausanne en 1920 :

« Pendant toute la guerre, Berne et le Saint-Siège ont été les deux grands centres diplomatiques du monde et, la Société des nations créée, il a paru naturel qu’il s’établisse entre eux des rapports diplomatiques réguliers ».

Mesdames et Messieurs,
Je tiens en particulier à remercier l’Université de Fribourg de son chaleureux accueil.
La conférence d’aujourd’hui et de demain est intitulée « Suisse et Saint-Siège : une histoire dense, du Moyen-Âge à l’engagement commun pour la paix ». Un titre ô combien évocateur.
Il suffit de penser à la Garde suisse pontificale à Rome qui atteste de la pérennité de nos relations. La garde témoigne :
•  des relations étroites que la Suisse et le Saint-Siège cultivent depuis plus de 500 (cinq cents) ans
•  de la confiance réciproque qui nous unit et
•  de notre capacité à surmonter les moments difficiles (résilience).
La prestation de serment de la Garde suisse, qui se tient chaque année le 6 mai en commémoration du Sac de Rome, est la parfaite illustration de ces trois éléments.


En très grand nombre, les gardes suisses avaient - ce 6 mai 1527 - été jusqu’à payer de leur vie pour accomplir leur serment de protéger le pape Clément VII (sept). Cette loyauté sans faille fait d’ailleurs dire à de nombreux observateurs que si les liens entre la Suisse et le Saint-Siège sont si particuliers, c’est précisément parce qu’ils sont nés dans le sang.
Il est normal qu’une « histoire dense », pour reprendre le titre du colloque historique, comprenne aussi des périodes d’incompréhension mutuelle. Pendant près de 50 ans – entre 1873 et 1920 - la voie diplomatique officielle a été interrompue, après que le pape Pie IX (neuf) eut fermement condamné le « Kulturkampf » en Suisse.

Il faudra attendre le 8 novembre 1920 pour revoir un nonce remettre ses lettres de créance à un président de la Confédération, en l’occurrence au conseiller fédéral tessinois Giuseppe Motta. C’est à lui que l’on doit la reprise des relations diplomatiques, décidée par le Conseil fédéral le 20 juin 1920.

Avant Giuseppe Motta déjà, le Tessin avait joué un rôle important dans le rapprochement entre la Suisse et le Saint-Siège, comme en témoignent les discussions sur la création du diocèse de Lugano. En 1888, le pape Léon XIII (treize) créa une administration apostolique au Tessin. Le diocèse de Lugano fut alors rattaché de droit au diocèse de Bâle, alors que, de fait, il opérait de manière autonome. La décision papale renonça sciemment au terme de « diocèse » pour respecter un article de la Constitution fédérale, qui prévoyait qu’aucun évêché ne pouvait être érigé sur le territoire national, sans l’approbation de la Confédération. Cet article, qui découlait directement du « Kulturkampf », a d’ailleurs été supprimé en votation populaire en 2001 seulement.

Ce dernier épisode historique est à l’image de la culture politique suisse, telle qu’elle est encore vécue aujourd’hui : l’apaisement, la coexistence en bonne intelligence et le pragmatisme prennent le pas sur les ruptures.

Mesdames et Messieurs,
Cela fait donc cent ans que le silence diplomatique entre la Suisse et le Saint-Siège a été surmonté.
Grâce aux recherches historiques de Lorenzo Planzi, nous savons que les contacts n’ont en réalité jamais complètement cessé entre 1873 et 1920. Ils se sont poursuivis à un niveau informel, préparant le terrain au rétablissement des relations diplomatiques en 1920. Une fois de plus, c’est donc le dialogue qui a été décisif.

Une réalité que je connais bien en ma qualité de ministre suisse des affaires étrangères : le dialogue est un pilier de notre politique extérieure et également un principe clé du processus décisionnel dans notre pays.
La Suisse compte quatre langues nationales et une diversité culturelle et religieuse qu’elle s’attache à cultiver et à vivre pleinement. Cela implique aussi l’inclusion des minorités, l’acceptation d’opinions divergentes et la recherche de compromis.
La richesse de notre identité nationale n’a pas échappé au premier nonce accrédité après la reprise des relations diplomatiques, Monseigneur Luigi Maglione. Le 8 novembre 1920, lors de la remise de ses lettres de créance, il note que le caractère du peuple suisse réunit : « la riflessione tedesca, lo spirito francese e la finezza di sentimento italiana ». (“la réflexion allemande, l’esprit français et la finesse de sentiment italienne »). Une simple formule diplomatique lors d’un moment historique ? Pas si sûr.

Il y a trois ans, il m’a été donné de ressentir clairement cet esprit d’ouverture et de rassemblement, propre à notre pays, à la cathédrale de Bâle. La Communion d’Églises protestantes en Europe et le Saint-Siège avaient alors signé une déclaration d’intention lançant un dialogue officiel sur la thématique de l’Église et de la communion d’Églises. C’est ce même esprit qui guide nos célébrations d’aujourd’hui.
Ce matin, j’ai été particulièrement honoré de participer à un événement interconfessionnel à Berne avec Son Éminence le cardinal Parolin et la présidente de l’Église protestante réformée suisse, Madame Famos.

Votre Éminence,
Votre visite en Suisse démontre clairement votre attachement à ce même « esprit de dialogue et de paix » que notre célébration incarne.
Je vous remercie vivement d’avoir répondu favorablement à mon invitation de venir en Suisse pour ce moment historique.
C’est avec grand plaisir que je vous cède la parole.


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