Centenaire du multilatéralisme (fr)

Bern, 16.09.2019 - Genf, 16.09.2019 – Rede von Bundesrat Ignazio Cassis - Es gilt das gesprochene Wort

Madame la Directrice générale de l’Office des Nations Unies à Genève, chère Madame Tatiana Valovaya
Monsieur le Président du Conseil d’État du Canton de Genève, caro Antonio Hodgers
Monsieur le Conseiller administratif de la ville de Genève, cher Sami Kanaan
Mesdames et Messieurs,

1. Les débuts
Le 15 novembre 1920, quarante et une nations, dont la Suisse, se sont réunies ici pour la première Assemblée Générale de la Société des Nations. La couverture médiatique de cet événement et l’attention qui sera portée aux affaires traitées dans ce cadre ont placé la Suisse et Genève sur la carte du monde. Voilà qui nous a offert une visibilité extraordinaire sur la scène internationale. Comme le relevait Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations Unies aujourd’hui hélas disparu, cela permet à la Suisse de « boxer dans une catégorie supérieure ».

Nous sommes ici ce soir pour fêter ce centenaire, mais aussi pour se rappeler que ces cent ans n’ont pas été un voyage facile. Et pour réaffirmer notre volonté d’aller de l’avant avec le multilatéralisme, ce concept qui prévoit la coopération de trois Etats au moins dans le but d’instaurer des règles communes. Après l’armistice du 11 novembre 1918, les conseillers fédéraux – et en première ligne le président de la Confédération Gustave Ador – ont multiplié les missions à l’étranger pour garantir l’avenir de la Suisse dans le monde de l’après-guerre. Ils ont ainsi rompu avec la tradition qui confinait le Conseil fédéral dans les frontières suisses. Et parce que notre corps diplomatique était à l’époque assez restreint, ils ont été assistés dans cette tâche par des représentants de l’économie et de la science. Avec succès.

La Suisse n’était pas invitée à la Conférence de paix de Paris. Elle est parvenue toutefois à faire valoir son double cas d’exception (le fameux «doppelter Sonderfall») d’Etat multiculturel et perpétuellement neutre. Plus encore: elle réussit à faire installer la Société des Nations à Genève, faisant reconnaître son rôle humanitaire important. Si cela a été une bataille sur le plan extérieur – la concurrence était forte déjà à l’époque –, il a aussi fallu convaincre sur le plan intérieur (la politique extérieure est politique intérieure !). En mai 1920, les électeurs suisses ont accepté que la Confédération adhère à la Société des Nations par une petite majorité (56,3% du peuple, 10 cantons et 3 demi-cantons). La Suisse est ainsi le seul État qui y a adhéré après une votation populaire – comme ce sera d’ailleurs le cas en 2002 avec l’adhésion de la Suisse à l’ONU.

2. Un ordre international nouveau
Penchons-nous maintenant sur l’esprit qui a porté à la naissance de la Société des Nations. Quel était-il, cet esprit, alors? À la fin de la Première guerre mondiale, le constat était clair : un tel drame, à l’échelle mondiale, ayant coûté des millions de vies, ne devait plus se reproduire. Il fallait regarder le passé, l’analyser et proposer des solutions pour l’avenir. Dans son programme de paix en 14 points, le Président américain Woodrow Wilson avait proposé en janvier 1918 la constitution d’«une association générale des Nations ayant pour objet d'offrir des garanties mutuelles d'indépendance politique et d'intégrité territoriale aux petits comme aux grands États». Le traité de Versailles de 1919 reprend cette idée, idée qui allait révolutionner les relations internationales et, justement, créer le multilatéralisme moderne.

Bien sûr, personne n’oublie que la Société des Nations n’a pas réussi ensuite à empêcher la Seconde Guerre mondiale. Elle est donc souvent présentée comme un échec de la communauté internationale. À tort !
Car il ne faut pas oublier non plus que la Société des Nations a posé les jalons d’un ordre international nouveau, construit sur la base de principes fondamentaux tels que la liberté, la coexistence pacifique des peuples, la démocratie, le droit et l’amélioration globale de la qualité de vie. Ces principes ont servi de base à la création de l’ONU, de ses différentes agences (comme l’UNICEF ou la Banque mondiale), ainsi que de nombreux autres institutions internationales comme le CERN.

Malgré sa brève existence, donc, la Société des Nations incarne la première pierre du système multilatéral actuel et est à la base d’une période de progrès et de prospérité sans précédent. Elle n’a pas suffi, mais l’exercice se répéta au sortir de la Seconde Guerre mondiale, cette fois jusqu’à présent avec succès. Elle sera remplacée en effet par l’Organisation des Nations Unies, fondée en 1945.  Ce qui donne finalement raison au Président Wilson, qui avait dit préférer perdre dans une cause qui un jour gagnera plutôt que de gagner dans une cause qui un jour perdra (I would rather loose in a cause that will some day win, than win in a cause that will some day loose!).
 
3. Une publication pour ne pas oublier
On tient de Sénèque que «le passé doit conseiller l’avenir». J’ai donc demandé au Professeur Sacha Zala, Directeur du Centre de recherche sur les Documents Diplomatiques Suisses DODIS, de créer un ouvrage sur la Suisse et la construction du multilatéralisme. Puisque Sacha Zala est un esprit gourmand et dynamique, le projet est devenu une série composée de 3 volumes : le premier dédié aux débuts de l’internationalisme au XIXe (dix-neuvième) siècle, le deuxième – qu’on va découvrir ce soir – à l’expérience de la Société de Nations, et le troisième au multilatéralisme dans le cadre de l’ONU.

Le volume de ce soir nous donne déjà accès à 50 documents de l’époque, complétés par plus de 400 autres documents publiés en ligne. Une source incroyable pour comprendre. Comprendre où sont ancrés notre multilatéralisme et notre politique d’État hôte, comprendre comment aller de l’avant en ce XXIe (vingt-et-unième) siècle. Ce XXIe (vingt-et-unième) siècle qui, d’un côté, met à l’épreuve le multilatéralisme – je pense au monde multipolaire et à la résurgence des nationalismes – et, de l’autre, nous annonce des révolutions et défis qui nécessitent de réponses globales – je pense à l’intelligence artificielle, aux expérimentations génétiques, à la gestion des ressources naturelles.

4. L’avenir
La Suisse est un endroit tout prédestiné pour anticiper ces évolutions et pour garantir une bonne gouvernance mondiale. Ceci grâce à la concentration dans notre Pays d’organisations internationales et institutions académiques d’excellence, mais aussi grâce à l’ampleur de notre réseau international, grâce à la stabilité de nos institutions, à la neutralité et à nos compétences dans le dialogue.

Demain matin, la stratégie pour renforcer le rôle de la Suisse comme Etat hôte pour la période 2020-2023 sera soumise à la deuxième chambre du Parlement suisse, le Conseil des Etats. Elle prévoit un investissement de 112 millions sur 4 ans et vise en particulier à positionner la Genève internationale dans les thèmes émergents climatiques, technologiques et sociaux.

Dans ce cadre, le Conseil fédéral, le Canton et la Ville de Genève viennent de créer la fondation Geneva Science & Diplomacy Anticipator (GESDA). On veut ainsi mettre à disposition de la communauté internationale un instrument novateur, financé par les autorités mais aussi par le mécénat privé, qui vise à réunir sous un même toit les tenants de la diplomatie et de la science. Le but est d’anticiper l’impact sur notre société des développements scientifiques et technologiques, et de réaffirmer Genève comme centre névralgique de la diplomatie multilatérale du XXIe (vingt-et-unième) siècle.

Mesdames et Messieurs
L’installation de la Société des Nations à Genève en 1919 s’est accompagné d’une nouvelle responsabilité pour nos autorités, celle d’État hôte. Aujourd’hui, les 40 organisations internationales, les 179 Etats membres, et les plus de 43'000 fonctionnaires et membres de leurs familles qui sont présents à Genève bénéficient des efforts conjoints de la Confédération et de Genève pour leur offrir des conditions-cadre optimales.

Cet engagement continue ! M. le Président du Conseil d’Etat Antonio Hodgers, M. le Conseiller administratif Sami Kanaan et moi-même venons de signer une déclaration commune pour renforcer cette politique conjointe. C’est pour souligner cette collaboration qu’il y aura dorénavant une prise de parole unique, pour résonner d’une seule voix, au nom de l’Etat hôte. J’ai donc eu ce soir l’honneur de m’adresser à vous également au nom du Canton de Genève et de la Ville de Genève. Qu’ils soient ici chaleureusement remerciés.

Déjà au Ve (cinquième) siècle avant Jésus-Christ, Confucius a mis en garde: «Qui ne se préoccupe pas de l'avenir lointain, se condamne aux soucis immédiats». C’est dans cet esprit que nous voulons développer la Genève internationale et la diplomatie du futur.

Bon travail, d’ores et déjà, à toutes et à tous!
Je vous remercie pour votre attention.


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Letzte Änderung 20.04.2018

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