«Alléger l’humanité de ses souffrances indicibles: par la politique de paix et de sécurité, par l’action et le droit humanitaires» (de/fr)

Bern, 27.03.2015 - Bern, 27.03.2015 - Rede von Bundesrat Didier Burkhalter anlässlich der Jahrestagung der Humanitären Hilfe des Bundes - Es gilt das gesprochene Wort

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

L’aide humanitaire est une affaire de cœur: elle est au cœur des valeurs de notre pays; elle est au cœur de votre engagement, de votre travail; elle est en plein cœur de cette journée qui nous rassemble.

Et ce cœur saigne en pensant aux terribles conflits actuels, tout particulièrement le conflit syrien. Ce qui se passe en Syrie est indicible comme les souffrances: la plus grande catastrophe humanitaire depuis la seconde guerre mondiale.

Tant de morts, tant de personnes qui souffrent, qui ont dû fuir; tant de vies qui dépendent d’une aide d’urgence, dont celles d’enfants par millions. L’espérance de vie y a chuté de vingt ans, comme si l’on avait effacé une génération entière d’un gigantesque coup d’épée…

Les battements de notre cœur devant ces souffrances ne doivent pas nous empêcher de prendre la mesure des réalités. Si l’engagement politique est aussi une affaire de cœur, il doit toujours se faire en regardant les réalités en face.

Les rivalités régionales et les intérêts contradictoires des puissances bloquent toute solution politique depuis des années. Il faut donc redoubler d’efforts pour pousser à un processus politique, tel que décrit par deux fois à Genève.

Un processus qui, seul, permettra de sortir ce pays et ses population durablement de l’abîme.

L’aide humanitaire apportée aux personnes en détresse en Syrie et en Irak est plus importante que jamais. Pourtant elle ne saurait remplacer la volonté politique de résoudre ce conflit.

Les puissances et en particulier les membres du Conseil de sécurité ont le devoir de se mobiliser sur ce dossier et d’aboutir, enfin, à un tel processus. Ils le doivent aux habitants de cette région et à l’idée même d’humanité, qui est au cœur de la Charte des Nations Unies.

Les conflits qui déchirent la République centrafricaine, le Soudan du Sud et l’Ukraine, de même que l’instabilité du Sahel sont, eux aussi, des sources d’indicibles souffrances.

Et de nouvelles tensions apparaissent: on assiste à une escalade de la violence au Yémen – pays le plus pauvre de la péninsule arabique. Déjà 16 millions d’hommes, de femmes et d’enfants y ont besoin d’assistance. A cela s’ajoutent une crise économique et une crise des ressources en eau.

A cela s’ajoutent aussi les catastrophes naturelles qui frappent l’humanité de plus en plus intensément: plus de 20 millions de personnes doivent fuir leur maison en raison du changement climatique.

La violence, d’un côté, et la misère, de l’autre, jettent ainsi plus de 55 millions de personnes sur les routes de l’exil. C’est l’équivalent de sept fois la Suisse: «sept Suisses» en perdition de par le monde… C’est aussi une dimension qui n’avait plus été atteinte depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est enfin l’objet d’une grande tristesse – celle de notre humanité de plus en plus blessée - et d’une grande inquiétude – celle de notre système humanitaire mondial dont on se demande s’il est capable de tenir une telle série de chocs brutaux.

Et la Suisse dans tout cela? La Suisse fait front. Elle dispose d’une vaste palette d’instruments éprouvés et reconnus à l’échelle internationale: dans la prévention des catastrophes, dans la promotion de la paix et du dialogue. Par ce savoir-faire quasiment traditionnel, par son image et sa réalité, la Suisse peut réduire le potentiel des besoins humanitaires avant qu’ils n’apparaissent; elle peut renforcer la sécurité des pays et celle des individus.

Cette journée annuelle est précisément placée sous le thème de la prévention des catastrophes, qui est une réelle priorité de notre action.

On vient de voir ensemble un film qui l’a illustré avec force: par des mécanismes de réaction et par des mesures visant à éviter des dommages futurs, nous réduisons concrètement les risques de catastrophes. Pour les êtres humains, pour les sociétés dans leur ensemble. Mieux vaut prévenir que guérir!

Le cœur, donc et à nouveau! Mais aussi la raison: la prévention permet aussi de réduire les pertes économiques. L’ONU estime les dommages causés par les catastrophes naturelles à 300 milliards de francs par an, et la tendance est à la hausse. Trois cents milliards: c’est au moins cent fois plus que l’aide internationale de la Suisse…

La prévention coûte bien moins cher que la reconstruction. Selon la Banque mondiale, chaque franc investi dans la prévention permet, à terme, d’économiser jusqu’à sept francs: un taux qui donne le change et un franc particulièrement fort, puisqu’il en vaut sept! Ces investissements permettent d’innover, de créer de la croissance et des emplois. La prévention contribue donc à la sécurité et à la prospérité. A l’avenir, tout simplement.

De plus, la prévention des catastrophes est essentielle pour sécuriser les résultats de la coopération au développement.

Les pays industrialisés ne sont pas à l’abri non plus. Il y a deux semaines, toute une «équipe suisse» était à Sendai, à la Conférence des Nations Unies sur la réduction des risques de catastrophes. Sendai, l’une des nombreuses cités du Japon, l’un des pays les plus riches et développés au monde.

Sendai, une ville qui vit au rythme de l’océan tout proche; et qui l’a payé très cher il y a tout juste quatre ans: une catastrophe prenant la forme d’une vague, interminable et dévastatrice, fauchant la vie de milliers de personnes ainsi qu’une centrale nucléaire au nom désormais mondialement connu de Fukushima. Les dommages économiques, eux, s’élèvent à 260 milliards de dollars. Cette catastrophe devient la plus onéreuse de tous les temps.

Mais si les pays industrialisés peuvent être ainsi fortement touchés, ce sont pourtant souvent les pays les moins développés - les moins solides - qui sont le plus durement frappés par des phénomènes tels que les inondations, les sécheresses, les séismes ou les cyclones.

Les catastrophes stoppent des vies et freinent le développement. Elles peuvent réduire à néant des années d’efforts. Les efforts de populations pauvres, vulnérables. Je viens de rendre visite à un village à Jaffna, au nord du Sri Lanka. C’est une grande émotion d’entrer dans une maison reconstruite après des années de guerre et un tsunami.

En Haïti, le séisme qui a dévasté l’île en 2010 a fait remonter le nombre de ménages vivant en-dessous du seuil de pauvreté au niveau de 2001. Dix ans de perdus en une seule journée!

C’est pourquoi la Suisse a voulu initier un changement de paradigme face aux catastrophes naturelles: agir plutôt que seulement réagir; prévenir plutôt que seulement guérir.

Car, à l’avenir, les risques naturels vont s’intensifier du fait de la croissance démographique, d’une urbanisation soutenue, de la dégradation de l’environnement et du changement climatique.

D’ailleurs, notre planète semble nous lancer des signes: alors même que les nations étaient réunies à Sendai – sur le littoral du Pacifique nord – pour négocier un cadre de réduction des risques de catastrophes, l’une des pires tempêtes tropicales de l’histoire semait la désolation à plus de 300km/h à Vanuatu, dans le Pacifique Sud!


Meine Damen und Herren

Die Schweiz ist in der Präventionsarbeit im Zusammenhang mit Naturkatastrophen seit Jahrzehnten glaubwürdig. Wir nehmen in der internationalen Katastrophenvorsorge eine führende Rolle ein. Unsere Experten geniessen einen guten Ruf, in Sendai ist dies deutlich zum Ausdruck gekommen.

Diese Glaubwürdigkeit der Schweiz fusst auf ihrer breiten Erfahrungen im eigenen Land.

Bereits im Jahre 1876 wurde zum Beispiel das Eidgenössische Waldgesetz erlassen. Es war das erste seiner Art in Europa. Früh hat die Schweiz erkannt, dass Steinschläge, Erdrutsche und Lawinenabgänge durch die fortschreitende Abholzung an Häufigkeit zunahmen. Seit Inkrafttreten des Gesetzes hat sich die Waldfläche in der Schweiz verdoppelt. Entsprechende Naturkatastrophen, wie sie sich Ende des 19. Jahrhunderts noch häuften, sind seither stark zurückgegangen.

Heute verfügt die Schweiz über ein hochentwickeltes Bevölkerungsschutzsystem. Der Katastrophenvorsorge kommt dabei ein hoher Stellenwert zu. Das ist praktische und gelebte Prävention.

Auch international verfügt die Schweiz im Bereich der Katastrophenvorsorge über viel Erfahrung. Die DEZA hat diese Thematik in alle ihre Tätigkeitsbereiche integriert: humanitäre Hilfe, regionale und globale Zusammenarbeit. Dieses Engagement soll sukzessive verstärkt werden.

Wir haben uns dementsprechend stark engagiert für die Ausarbeitung eines neuen globalen Referenzrahmens für die internationale Katastrophenvorsorge. Die Schweiz war aktives Mitglied des Büros der Sendai-Weltkonferenz. Beide Vorbereitungskonferenzen fanden in Genf statt.

Mit dem Ergebnis des Abkommens von Sendai kann die Schweiz zufrieden sein. Das neue Rahmenwerk birgt wesentliche Fortschritte im Vergleich zum vorhergehenden Abkommen. Es setzt frische Impulse in der Prävention. Als Handlungsanleitung zur Verminderung von Katastrophenrisiken in den nächsten 15 Jahren enthält das Sendai Rahmenwerk klare Ziele, konkrete Handlungsanweisungen und eine Klärung der Rollen unterschiedlicher Akteure.

Die Schweiz hat sich mit Erfolg dafür eingesetzt, dass ihre drei Kernanliegen Eingang fanden in das neue Abkommen.

Erstens wird der Bedeutung lokaler Katastrophenvorsorge und substaatlicher Akteure Rechnung getragen.

Das Vorgängerabkommen war geprägt durch die Erfahrung des Tsunami im Indischen Ozean von 2004, der mehr als 200‘000 Opferte fordert. Jenes Abkommen betonte nationale Massnahmen und internationale Kooperation. Tatsächlich handelt es sich bei den meisten Katastrophen jedoch um räumlich begrenzte Ereignisse mit überwiegend lokalen Auswirkungen. Die Stärkung lokaler Kapazitäten im Katastrophenschutz ist deshalb zentral. Die Schweiz mit ihrem föderalistisch geprägten Bevölkerungsschutzsystem kann hier viel Erfahrung einfliessen lassen.

Zweitens bindet die neue globale Strategie zur Reduzierung von Katastrophenrisiken auch den Privatsektor ein. Die Schweiz hält insbesondere eine Zusammenarbeit mit der Versicherungsbranche für unabdingbar. Versicherungsmechanismen ermöglichen es, dass sich Haushalte, Gemeinden und Staaten nach einer Katastrophe finanziell schneller erholen. Gleichzeitig fördert der Preis, der dem Risiko zugewiesen wird, präventive Massnahmen.

Drittens ist es gelungen, das neue Rahmenabkommen eng mit der Post-2015 Entwicklungsagenda zu verknüpfen. Sendai hat wesentlich dazu beigetragen, Katastrophenschutz, Entwicklungspolitik, Klima- und Umweltschutz sowie Humanitäre Hilfe als eng verknüpfte Politikfelder zu begreifen.

Sendai war ein Fortschritt. Das verdanken wir auch Ihnen, Frau Wahlström, und ihrem Team. Im Namen der Schweiz danke ich Ihnen für Ihr grosses Engagement und die exzellente Zusammenarbeit.

Wir engagieren uns im multilateralen Rahmen nicht nur in der UNO sondern auch in der OSZE für einen sicheren Umgang mit Naturgefahren. Als Vorsitz haben wir diese Thematik letztes Jahr auf der OSZE-Agenda verankert.

Unter anderem luden wir 120 Vertreter aus OSZE-Staaten ins Wallis ein um sie mit der Praxis der Katastrophen-vorsorge vertraut zu machen. Dabei erläuterten wir die grenzüberschreitende Zusammenarbeit zwischen Italien und der Schweiz auf der Route des Grossen St. Bernhard. Auch erklärten wir unsere Massnahmen in der Vorsorge und Bewältigung von Natur- und technischen Gefahren in der Rhone-Ebene.

Neben diesem multilateralen Engagement engagiert sich die Schweiz vor allem durch konkrete bilaterale Zusammenarbeit mit Partnerländern für eine verbesserte internationale Katastrophenvorsorge.

Ein Beispiel hierzu: In Serbien und in Bosnien-Herzegowina stellte die Schweiz nach der Flutkatastrophe im vergangenen Mai umgehend eine halbe Million Franken für humanitäre Hilfe bereit und verstärkte die Hilfe vor Ort mit Fachleuten aus dem Schweizerischen Korps für Humanitäre Hilfe.
Zudem unterstützen wir den Aufbau eines nationalen Programms zur Stärkung der Katastrophenvorsorge in Serbien, in enger Zusammenarbeit mit der Weltbank.

L’année 2014, avec ses nombreuses crises, a battu un triste record: les appels d’urgence des organisations humanitaires n’ont jamais été aussi nombreux! La Suisse a fait sa part: elle a augmenté de 40 millions de francs le budget de son aide humanitaire.

Et l’année 2015 qui a bientôt vécu son premier quart semble vouloir ressembler, malheureusement, à l’an passé. Au lieu de s’éloigner dans le passé, la crise en Syrie s’incruste dans un terrible présent. C’est pourquoi, mardi prochain, notre pays annoncera un engagement de 50 millions de francs, à l’occasion de la troisième conférence des donateurs organisée au Koweït. Depuis le déclenchement de la crise syrienne, la Suisse – et les Suisses- auront ainsi consacré 178 millions de francs pour aider ces populations si durement touchées. Il s’agit là d’un grand effort aussi nécessaire que collectif et j’aimerais en remercier la population.

Nous avons par ailleurs décidé cette semaine de mettre en place un programme bilatéral d’aide humanitaire en faveur des populations de l’Est de l’Ukraine. Plus de trois millions de personnes ont aujourd’hui besoin d’une aide humanitaire dans ce pays.

Après le soutien financier que la Suisse a déjà apporté aux activités du CICR, du HCR et du Programme alimentaire mondial, nous prévoyons de mettre en place nos propres projets humanitaires en Ukraine. La Suisse est le premier pays tiers à avoir identifié les besoins humanitaires de part et d’autre de la ligne de contact – dans le cadre de deux missions d’évaluation du Corps suisse d’aide humanitaire. Nous avons dû constater que la situation humanitaire continue de se dégrader, malgré les décisions de mise en œuvre des accords de Minsk.

Dans le célèbre stade Donbass Arena, là même où s’est tenu l’Euro 2012, les gens ne font plus la queue pour assister à un match du Chakhtar Donetsk, mais pour recevoir des colis d’aide de première nécessité! L’aide humanitaire a remplacé la «fan zone»… Cette région souffre d’une pénurie de denrées alimentaires, de fournitures médicales et de médicaments vitaux, d’eau potable et de semences. Nous sommes en train de définir les priorités de ce programme humanitaire suisse. Cette aide doit être rapidement opérationnelle, ciblée, coordonnée et bénéficier aux populations de part et d’autre de la ligne de contact. De part et d’autre d’un conflit qui entraîne là encore bien trop de souffrances.

La Suisse continue à participer aux efforts internationaux visant à régler le conflit ukrainien par la voie politique et à créer les conditions nécessaires pour que le pays ne soit pas durablement tributaire de l’aide humanitaire. Là non plus l’humanitaire ne doit pas remplacer les efforts de paix, mais les compléter.

Nous soutenons les efforts de paix déployés par l’OSCE - essentiellement par le détachement de l’ambassadrice Heidi Tagliavini, représentante de la présidence de l’OSCE auprès du Groupe de contact trilatéral et en fournissant d’importantes contributions financières et humaines à la mission spéciale d’observation (SMM).

En avril, nous lancerons une nouvelle stratégie de coopération avec l’Ukraine pour les années 2015 à 2018. Elle contiendra pour la première fois, en plus des mesures de la DDC et du SECO, des projets bilatéraux de la Division Sécurité humaine en vue de promouvoir le dialogue, les droits de l’homme et le droit international humanitaire. Par rapport à la dernière stratégie quadriennale, nous avons doublé le budget, ainsi porté à 100 millions de francs.

Cet engagement pour la sécurité globale, dans notre environnement régional et dans le monde, est une mission centrale de la politique extérieure suisse. C’est une grande priorité, avec un rôle essentiel dévolu à l’aide humanitaire.

Mesdames et Messieurs, vous qui êtes collaborateurs de l’aide humanitaire, membres du corps suisse d’aide humanitaire, ou qui vous engagez sous une forme ou sous une autre pour l’aide humanitaire de la Suisse, votre rôle est primordial. C’est, là aussi, une affaire de cœur: vous êtes au cœur de notre action pour réduire les souffrances indicibles de l’humanité. Vous êtes au cœur des valeurs suisses. Vous faites en sorte que la politique dite «étrangère» de la Suisse n’a, au fond, rien d’étranger pour les Suisses.

Alors et tout simplement, je vous en remercie.


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